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12/01/2025

 


LA PRINCIPAUTÉ de GUÉMENÉ

Aujourd'hui , la situation financière de notre commune est particulière . La notoriété de notre petite ville fut tout autre dans l'histoire . Un article du Télégramme de Pierre Bonnard du 09 janvier 2025 nous le rappelle.... ce qui pourrait redonner un peu de baume au coeur de la cité en espérant des jours meilleurs...

Des Guémenois passionnés d'histoire, Jean-Yves et Marie-Léone Mallégol, contribuent à nous faire partager le fruit de leurs recherches au travers de cet article et de leurs ouvrages édités. Nous les remercions.




Voir également en cliquant sur image




O0O

LE COLLIER DE LA REINE

Louis René Édouard de Rohan-Guémené
Cardinal de Rohan



Cliquez sur l'image ci-dessous


05/09/2024

 


SUPERBE LIVRE
sur
GUÉMENÉ

Un nouveau livre sur Guémené dont les auteurs Jean-Yves et Marie-Léone Mallégol-Le Bouédec 
sont des amoureux de notre cité . 
 
Le résumé  en quatrième de couverture :



Hippolythe Bisson et une Guémenoise en tenue Pourleth
ont accueilli, comme ils se le devaient, nos amis auteurs
qui perpétuent la mémoire de la cité en la mettant au goût du jour.



la presse fut bien sûr présente .....


Différents ouvrages ont narrés avec talent notre cité .
La décrire aujourd'hui en citant les acteurs actuels
est une nouveauté.
Nous vous incitons à le découvrir. 


OOO


ACQUÉRIR CE LIVRE


Office du tourisme de Guémené
5 place du Château

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Magasin Proxy
1 rue des Frères Trébuil

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Intermarché de Guémené
 rue Jean le Guénnec

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Par expédition :
écrire à l'adresse ci-dessous
mjyves35@aol.com


30/01/2021

MÉMOIRES DE GUERRE 1939-1945

Le Lycée Dupuy-de Lôme de Lorient


L'Atelier Histoire du Pays de Lorient nous annonce la sortie de ce dernier ouvrage rédigé par Mme Monique Toulminet.
Ce livre édité par les Archives Municipales de Lorient dans sa collection Histoire et Mémoire, retrace une page de l'histoire lorientaise à travers le destin des élèves du lycée Dupuy-de-Lôme morts pour la France pendant la seconde guerre mondiale. Le destin de certains fait aussi malheureusement partie de l'histoire guémenoise.

Présentation du livre en 4ème de couverture : 

_______________________________


Le Lycée Dupuy-de-Lôme de Lorient, dont l'origine remonte à 1822, en plus de l'enseignement primaire et secondaire, prépara très tôt les élèves bacheliers aux concours d'entrée des Grandes écoles.
Lors de la Seconde Guerre Mondiale, comme le montre la liste des noms inscrits sur la plaque mémorielle de l'établissement, ce lycée vit beaucoup de ses élèves et professeurs tomber pour la défense de la Patrie face à l'envahisseur nazi ou à la suite des mesures de répression imposées par lui. Les anciens élèves, mobilisés ou sortis des écoles militaires de Saint-Cyr, Navale et Polytechnique, furent parmi ces victimes. Ils durent rejoindre les différentes zones de combat dans l'Armée, la Marine ou l'Aviation, dès les premiers jours de la guerre. Après l'Armistice, ces hommes furent aussi nombreux à continuer la lutte et s'engager dans la Résistance jusqu'à la reddition des armées allemandes.

Comme leurs aînés, les élèves des classes supérieures, avec la fougue de leurs 18 ans, choisirent de poursuivre le combat. Face à l'arrivée des troupes ennemis, ils furent nombreux à décider de quitter Lorient et certains y perdirent la vie. Les Lorientais se souviennent du chalutier Tanche, disloqué par une mine magnétique, qui sombra devant Larmor-Plage faisant 190 victimes dont plusieurs élèves du lycée.
Grâce à leur opiniâtreté, quelques lycéens réussirent à rejoindre la France Libre auprès du Général de Gaulle. 

Les élèves et professeurs, restés sur place, subirent les privations, la répression, les bombardements. L'intensification des représailles et le Service du Travail Obligatoire en 1943, les décidèrent à rallier la Résistance. Nombre d'entre eux payèrent de leur vie cet engagement. Ces martyrs furent emprisonnés, fusillés ou déportés dans les camps de concentration nazis. Le mémorial de la citadelle de Port-Louis, où plusieurs lycéens et un de leurs professeurs furent massacrés, nous rappelle leur sacrifice.
Grâce aux documents et témoignages collectés auprès des familles et des acteurs de ces événements, aux informations recueillis dans la presse de l'époque et les archives, cet ouvrage a pour but, au delà d'un simple nom sur une plaque mémorielle, de perpétuer leur mémoire et ainsi en quelque sorte de leur redonner vie.


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Livre disponible dans les librairies :

ou contacter :

Prix de vente : 15 €


23/04/2020





Sur la route de Langoëlan
Les temps modernes…


Je traversais Guémené au plus court, fuyant la cité désertée, la pluie et le brouillard, poursuivi par les aboiements des chiens qui, ici comme ailleurs, ont horreur des vagabonds.
J’enjambais la montagne des cloches et piquais droit devant, le chapeau battant au vent, le sac à dos dégoulinant. D’un bond je franchis le chemin qui descend de Ste Christine et après un triple saut peu académique et pas plus olympique, je me retrouvais planté dans la prairie, les bottes prises, engluées jusqu’à la hauteur des chevilles. Le Scorff se mit à glouglouter très fort en ricanant ; une pie, jaillie je ne sais d’où, me frôla au passage en criaillant et me moquant. J’avais beau tortiller les pieds dans tous les sens, pester, protester, montrer le poing au ciel, rien n’y faisait, je me sentais lentement aspiré comme dans un marécage. Lumière ! Ou plutôt Eurêka ! Me revint en mémoire la recommandation n° 1 de mon antique manuel du parfait « éclaireur de France », avoir toujours sur soi : couteau, allumettes, ficelle. Je fouillais dans ma poche de pantalon énergiquement, je fouillais dans ma poche presque angoissé, je fouillais dans ma poche… Oui ! Au fond, derrière le mouchoir et le couteau, je tire la ficelle !

La suite relève du jeu. De mon bras trop court que je prolonge habilement de ma canne de jonc, façon Charlot, je collecte des débris de branches, les assemble, les ficelle, et produis deux raquettes à faire se tordre de rire les chasseurs de loups du grand nord canadien. Mais ça marche. J’extirpe avec délicatesse mes pauvres pieds avalés par la prairie, les ajuste au mieux sur mes radeaux et me voilà sauvé. Je récupère mes bottes et rejoins au plus vite les talus plantés de chênes où je parachève ma renaissance et arrime mes raquettes de survie sur le haut de mon sac. Sans complexe et sans traîner, je peux chanter sur mon chemin. Et même rire du Scorff orgueilleux qui, à Nicole, au fond de la prairie, dans un bruit d’enfer, joue les cataractes à faire peur aux canards. Bien sûr, un chien dérangé lui donne la réplique, quelle cacophonie et quel cabot ! Au lieu de rester bien au chaud sur la paille de sa niche…

…et post-modernes

J’entends déjà les gens ricaner sur cette aventure d’un autre temps. Voire ! Imaginez la scène en 2020. Que fais-je ? Comme tout un chacun, je sors mon smartphone planqué au chaud contre mon cœur. De la flotte plein les yeux, je farfouille et lance un appel de détresse en précisant ma position GPS. Résultat, un quart d’heure plus tard, déboule sur la grande route un camion secours de pompiers. Ils vont sortir le matériel adéquat et me tirer de là. J’en ai des coliques de les avoir déranger pour ça ! J’étais un inconnu, à part, peut-être, pour les patrons du café du Centre. Et voilà que déboule le correspondant du journal régional ; il a déjà son titre : « un senior de 77 ans désembourbé de la prairie de Terminus ». Et fusent les questions :

Qu’alliez-vous faire en cette galère ?

Pourquoi ce saut si risqué et sans perspective d’homologation ?

Que pensez-vous de l’éthylotest obligatoire ?

Que faisiez-vous au temps chaud ?

Est-ce vous qui avez suggéré que Guémené honore Christian Perron d’une statue devant le grand rempart à la manière de celle qui honore John Lennon à La Havane ?



Pas glop du tout. On n’est plus au temps de Pif le chien ! Soyez sérieux !



Avez-vous réservé une place à l’Ehpad ?

Le programme de la cavalcade 2020 vous rappelle-t-il celui du Gorsedd de 1936 ?

Pour vous endormir comptez-vous les poulets de Langoëlan ou les kangourous australiens survivants après la tourmente ?

traduction libre =


Dans la foulée du récent Paris-Dakar, que diriez-vous du challenge gagnant-gagnant d’un Tour de France qui se courrait dans les sables d’Arabie avec une arrivée en Egypte au sommet de la grande pyramide d’où 42 siècles contempleraient nos forçats de la route ?




Estimez-vous que le blog de Guémené est un théâtre d’ombres, un vieil orgue de barbarie nostalgique, un miroir magique, « miroir, mon bon miroir ! » où la buée qu’y dépose le souffle révèle un instant sourires, rires, maladresses et heures de gloire du temps qui passe, et, de nos héros « la trace de leurs vertus » (bis) ?




…et post-mortem
    
Laissons-là ces billevesées qui ne feront l’objet d’aucun Référendum d’Initiative Citoyenne (pas plus d’ailleurs que la vente des aéroports de Paris). Il est temps que je vous dise ce qui m’agitait lors de cette aimable randonnée. Eh bien, j’avais rendez-vous à Tronscorff ! De bonne fortune, sachez-le, puisque m’y attendaient des sabotiers rieurs et forts en gueule (corporation qui réchauffait autrefois les cœurs de la planète, éradiquée pour cause de très mauvais bilan carbone, diagnostic porté par l’économie de marché de la chaussure, ah dis-donc Adidas et autres racées godasses cuirassées bien cirées). Cette parenthèse refermée, je précise que la rencontre concernait des informations top secret qu’ils avaient recueillies dans le bourg et qui touchaient de près à la généalogie de notre superhéros guémenois (il lui manquait quelques pouvoirs mais n’est pas Harry Potter qui veut), j’ai nommé Hippolyte Bisson. Reconnaissez que ça valait le déplacement.

Par contre, je suis désolé, il vous faudra attendre encore un peu. La cuisine mijote sans secousse à feu doux dans un faitout séculaire bien graissé mais elle demande du temps, de la patience, du doigté, une pincée d’épices adaptées, des aromates, et que sais-je encore. Pour vous aider à patienter, un indice : il s’agit d’accommoder les délices du Pays Pourlet avec le gratin dauphinois en y mêlant une bonne louche de crème normande. Je confirme, la recette est bonne, elle a donné un beau bébé qui fera l’enseigne de vaisseau que l’on sait.


Fin de l’épisode



Illustrations : On aura reconnu, dans l’ordre : Charlot, l’immortel ; Milou, chien fidèle ; diverses émoticônes légèrement arrangées (sgdg), réponses réduites à leur plus simple émotion ; un personnage de BD qui a bercé nos enfants, Pifou ; une photo authentique de John Lennon dans son costume de bronze ; un dessin de Wolinski, tiré d’une planche « J’ai rencontré ma jeunesse » ; une photo du campionissimo Fausto Coppi dans le Tour de France ; deux dessins d’Albert Dubout, qui réjouit à plusieurs reprises nos chroniques, le second avec le portrait du fantastique coureur à pied guémenois, Mathurin Mahé.
SGDG signifiait autrefois : sans garantie du gouvernement.


O0O

PS :  Ce conte a été écrit avant l’épidémie de coronavirus.
La question ne m’a donc pas été posée mais je vais y répondre.


Vert de peur bleue et sans émoticône. Mais bref.
Quand les ouvriers voulant briser leurs chaînes ont grippé les machines en y jetant leurs sabots, on a crié au sabotage (mot créé pour l’occasion selon la légende).
Aujourd’hui, alors qu’un virus microscopique et impondérable grippe la machine du monde entier, j’espère qu’à la sortie de l’épreuve, nous crierons tous ensemble pour que les dirigeants de la planète adoptent enfin un grand virage salutaire.


03/03/2020



LE CONSCRIT DES CENT VILLAGES
LOUIS ARAGON

QUAND LOUIS ARAGON ÉVOQUE DISCRÈTEMENT GUÉMENÉ DANS UN POÈME CLANDESTIN : 
LE CONSCRIT DES  100 VILLAGES
L'écrivain , poète et romancier Louis Aragon (1897-1982) est l’auteur d'un recueil de poésies "La Diane Française", écrit durant la Seconde Guerre Mondiale et publié en fin d'année 1944, dont le thème principal est la Résistance sous l’Occupation.
Il contient notamment La Rose et le Réséda, Il n'y a pas d'amour heureux (chanté entre autres par Georges Brassens et Jean Ferrat), la Ballade de celui qui chanta dans les supplices écrit en hommage à Gabriel Péri et Le Conscrit des Cent Villages.
Ce dernier est un poème sans ponctuation, formé de quatrains d’octosyllabes dont le narrateur, «le conscrit des cent villages», est le représentant des centaines de milliers de conscrits venus de tous les villages de France pour participer à la guerre de 1939-1945. 
Parmi les cents villages cités , Guémené est évoqué.



Le conscrit des cent villages


Prairie adieu mon espérance
Adieu belle herbe adieu les blés
Et les raisins que j’ai foulés
Adieu mes eaux vives ma France

Adieu le ciel et la maison
Tuile saignante ardoise grise
Je vous laisse oiseaux les cerises
Les filles l'ombre et l'horizon

J'emmène avec moi pour bagage
Cent villages sans lien sinon
L'ancienne antienne de leurs noms
L'odorante fleur du langage

Une romance à ma façon
Amour de mon pays mémoire
Un collier sans fin ni fermoir
Le miracle d'une chanson

Un peu de terre brune et blonde
Sur le trou noir de mon chagrin
J'emmène avec moi le refrain
De cent noms dits par tout le monde

Adieu Forléans Marimbault
Vollore-Ville Volmerange
Avize Avoine Vallerange
Ainval-Septoutre Mongibaud

Fains-la-Folie Aumur Andance
Guillaume-Peyrouse Escarmin
Dancevoir Parmilieu Parmain
Linthes-Pleurs Caresse Abondance

Adieu La Faloise Janzé
Adieu Saint-Désert Jeandelize
Gerbépal Braize Juvelise
Fontaine-au-Pire et Gévezé

Que je respire Et je respire
Ces étoiles dans ma gorge y
Font une lueur de magie
Trompe l'exil mon faux empire

Il faut reprendre ô saoulerie
Ce déroulement implacable
Et boire et boire les vocables
Où flambe et tremble la patrie

Aigrefeuflle-d'Aunis Feuilleuse
Magnat-l’Étrange Florentin
Tilleul-Dame-Agnès Dammartin
Vers-Saint-Denis Auvers Joyeuse

Cramaille Crémarest Crévoux
Crêches-sur-Saône Aure Les Mars
Croismare Andé Vourles Vémars
Amarens Seuil Le Rendez-Vous

L'Ame Sommaisne Flammerans
Sore Sormonne Sormery
Sommeilles La Maladrerie
Bussy-le-Repos Sommerance

Mon pays souffre mille maux
S'en souvenir monte à la tête
Ah démons démons que vous êtes
Versez-moi des mots et des mots

Il reste aux mots comme aux fougères
Qui tantôt encore brûlaient
Cette beauté de feu follet
Leurs architectures légères

Angoisse Adam-les-Passavant
Bors l'Aventure Avril-sur-Loire
La Balme-d'Épy Tréméloir
Passefontaine Treize-Vents

Adieu le lieudit I’Ile-d'Elle
Adieu Lillebonne Ecublé
Ouvrez tout grands vos noms ailés
Envolez-vous mes hirondelles

Et retournez et retournez
Albine Alise-Sainte-Reine
Les Sources-la-Marine Airaines
Jeux-les-Bards Gigors Guéméné

Vers Pré-en-Baille ou Trinquetaille
Vers Venouze ou vers Venizy
Lizières Lizine Lizy
Taillebourg Arques-la-Bataille

Albans-Dessus Albans-Dessous
Planez lourds aiglons des paroles
Valsemé Grand-Cœur Grandeyrolles
Jetés au ciel comme des sous

Adieu Caer et Biscarosse
Poignards que vous avez d'éclat
Ô Saint-Geniès-de-Comolas
Adieu Néronde Orny Garosse

Pas un qui demeure sur cent
Villages aux noms de couleur
Villages volés mes douleurs
Le temps a fui comme du sang

Musiques s'il n'est pas trop tard
Parfumez le vent parfumé
Sanglotez les cent noms aimés
Que j'écoute au loin vos guitares



22/12/2019



Quand un passeur de mémoire rencontre un barde, 
QUE SE RACONTENT-ILS ?

Qui mieux qu’Emile Gilles pouvait nous en livrer la clé !


Président du Syndicat de Pontivy, ancien instituteur qui y a fait ses classes, il connaît le pays pourleth comme personne. Il organise des visites touristiques et culturelles, guide les amateurs. Correspondant de plusieurs journaux, il signe des chroniques bien trempées dont l’intérêt ne se dément pas.


Ainsi, cet article paru dans L’Ouest Républicain, édition du 10 juin 1923

Un de ces derniers dimanches, par une de ces vesprées printanières tout ensoleillée et des plus radieuses, ce qui nous changeait du temps maussade que nous avons le plus souvent vécu en ce mois de mai de l’an 1923, un ami nous proposa une promenade en auto. Il se rendait à Tromelin en Locmalo chez M. Ropert.

Connaissez-vous ce coin du pays pourlète ? Pour notre part, nous le trouvons ravissant et d’un grand pittoresque. Très accidenté, tourmenté même, son aspect se transforme à chaque raidillon que l’on grimpe, à chaque vallonnement que l’on coupe : c’étaient des mamelons abrupts et désertiques, et que les bruyères devaient bientôt teindre d’améthyste ; c’étaient des damiers de céréales où les moissons futures ondulaient sous une brise parfumée par les aubépines ; c’étaient de délicieux tapis de verdure émaillés des vives couleurs de la flore locale ; c’étaient les hautes futaies de Ménoray aux sentiers ombreux et quasi-mystérieux, où roucoulaient les tourterelles ; c’étaient des talus bardés d’ajoncs épineux et ruisselants d’or ; c’était un ruisselet cascadeur serpentant sous les myosotis ; c’était ailleurs la Sarre au cours calme et dolent que coupait quelque gué rustique, et qui revêtait plus en amont, dans un lit chaotique, l’aspect d’un torrent aux ondes mugissantes ; c’était… mais nous n’en finirions pas avec les multiples tableaux qui défilaient devant nos yeux, dans tous ces décors mouvants et enchanteurs.


On atteint Tromelin en prenant la vieille route qui se détache de celle de Pontivy à Guémené pour gagner Locmalo en passant par St Zénon. Oh ! les ressorts… Oh ! les reins… Cette antique voie est très fréquentée : pourquoi ne pas la remettre en état de viabilité sur tout son parcours ? Puis l’auto suit un étroit chemin, file sous des berceaux de verdure, débouche dans un parc, suit une allée aux courbes gracieuses puis s’arrête devant une maison bourgeoise de très belle allure : nous sommes à Tromelin, lieu-dit dans les archives de la principauté de Rohan-Guémené, en l’année 1416, « Tuou-an-Melin ».

Le cadre est tout simplement merveilleux et le séjour paraît être enchanteur.

A quelques pas coule la Sarre qui délimite les deux communes de Locmalo et de Séglien, les cantons de Guémené et de Cléguérec. Mais il convient de retenir que Séglien, bien que relevant administrativement de ce dernier canton, appartient au point de vue ethnique au pays de Guémené.

Nous gagnons pédestrement Kerech où l’ami Pierre est appelé à examiner un bœuf qui a dû être abattu. Pendant qu’il procède à l’exercice de son art, nous examinons les lieux et visitons les alentours immédiats. Nous découvrons à l’entrée d’un champ, deux fortes pierres travaillées à l’extrémité et à l’intérieur avec un soin tout particulier. C’était une sorte de petite auge cylindrique avec son chapeau où les anciens écrasaient le mil, nous explique M. Ropert.

A ce moment survient un homme du pays à la figure franche et ouverte que nous interrogeons et qui nous confirme que la culture du mil a été abandonnée dans la région. M. Ropert nous présente l’un à l’autre et voilà que nous étions deux connaissances, de noms tout au moins. Notre interlocuteur, en effet, était le barde bien connu, Guillaume Le Borgne (Guillam er Born) de St Zénon en Séglien qui a publié de nombreuses poésies bretonnes.


Ce refrain d’une de ses chansons nous revient à l’esprit, devant les pommiers en fleurs qui nous entouraient :


Nous parlons de M. Thébault, le distingué professeur du lycée de Pontivy, qui est devenu un érudit celtisant et que M. Le Borgne connait très bien. M. Thébault a du reste consacré dans « Les Annales de Bretagne » une très intéressante étude à un autre barde de Séglien, Le Nozerh, décédé au printemps de la vie.
Mais nous dit M. Le Borgne, puisque vous êtes à Kerech, vous êtes au pays même de Le Nozerh. C’est dans la petite maison qui a un escalier qu’il vivait.
Lorsque nous retournâmes quelques instants plus tard au village, nous fîmes un pieux pèlerinage à la demeure du jeune barde qui n’est plus.
Emile Gilles

Note 1. L’impression typographie du numéro disponible aux Archives Départementale, rubrique Presse Ancienne, est trop mauvaise pour être photocopiée ; elle risquerait de décourager les lecteurs pas trop familiers. Je n’ai gardé que le morceau de chanson en breton que je ne sais pas déchiffrer.

Note 2. Emile Gilles écrit Kerech, pour l’actuel Kerrac’h : est-ce une forme ancienne ? Le dictionnaire topographie du Morbihan, de Rosenzweg, conservateur des Archives Départementales du Morbihan, édition 1870, indique déjà Kerrach.


o0o

Commentaires :


Etalant bien à plat la carte IGN, on constate que les chemins d’accès à Tromelin et Kerech (Kerrach actuel) ont conservé le côté antique certain que notait Emile Gilles. On peut espérer que selon son souhait la viabilité ait été améliorée. Aucune crainte quant à la qualité des suspensions de nos véhicules actuels, notre homme ne souffrirait sans doute plus des reins.

Relevons la clarification apportée par Gilles quant à l’appartenance de Séglien au pays pourleth malgré son rattachement administratif au canton de Cléguérec. Nous avons déjà apprécié le fait à propos des costumes bretons et la saine émulation qui se jouait entre Guémené et Séglien (voir blog*). Elle est également reprise dans la chanson de Le Borgne, présentée plus bas. 
Bien que narrateur en taise la profession, on peut raisonnablement penser que son ami de voyage était vétérinaire, vue la tâche qui l’attend. 
On espère que l’instrument de broyage du mil qui a suscité l’intérêt du collecteur, témoignage combien précieux des arts du passé, a été soigneusement remisé. 
La rencontre avec Guillaume Le Borgne s’avère d’une bonhommie qui s’accorde bien avec les figures franches et ouvertes des deux personnages. On partage rapidement des amitiés et des passions communes. Est-ce donc si banal de croiser au coin du bois un gaillard de cette trempe et possédant un vrai talent de poète-chansonnier. Et on chante sous les pommiers, que chante-t-on ? Même un citoyen ne connaissant pas la langue des Dieux, aura relevé les mots « chistr » et « barriken » ce qui donne à penser que le cidre pétillant n’est pas loin, réjouissant les cœurs et l’esprit.



Note 3. Ne cherchez pas, tout est faux dans cette image : le verger est normand, les paysans y incrustés, de Guémené et du Faouët, n’ont de commun avec Emile Gilles et Guillaume Le Borgne, que la beauté du geste, trinquer sous les pommiers en fleurs.

Emile Gilles tait son retour en automobile. D’accord, il nous a tout dit à l’aller du paysage et de la route. On imagine qu’il médite et récite des vers dans l’ombre fraîche qui tombe des futaies de Ménoray. Mais je m’étonne qu’il ne dise rien de la croix de Saint Zénon inscrite au patrimoine national depuis l’inventaire Mérimée. Plus encore qu’il n’ait pas un mot sur cet étonnant "Zénon" dont notre village est le seul à porter son nom en France. Comme nous l’apprend internet, Zénon n’est pas un saint breton mais un saint évêque de Vérone (Italie)...(blog*). Il faut franchir l’Atlantique pour découvrir une paroisse Saint Zénon, village planté dans les montagnes du Québec, au nord de Montréal.





Après l’Ouest Républicain, fouillons les archives du Journal de Pontivy. Qui, bien évidemment, n’ignore pas le barde. Le Borgne avait acquis une vraie notoriété comme en témoigne l’extrait qui suit, paru le 28 décembre 1924.



Maintenant que nous connaissons un peu mieux le personnage, il serait temps de passer à son œuvre. Je sais, l’Association d’animation du Pays Pourlet a proposé en 2013 une randonnée commentée intitulée « Sur les pas de Guillaume Le Borgne » (voir*). Succès de l’initiative suivie par une centaine de marcheurs comme le rapporte « Le Télégramme » du 12 août et qui s’est terminée par des chansons. Heureux ceux qui y étaient.

En voici une choisie et traduite en français par Philippe Guégan.


Lann Pendavat


Parmi les landes, la plus grande de toutes
Se nomme, depuis toujours, Lann Pendavat ;
Mais maintenant, je le crois, de la façon dont on la traite,
Dans très peu de temps, il n’y aura bientôt plus rien.
Elle est chargée de sapins, couverte de villages,
Et aux quatre coins, on installe des champs.
Là où on ne le pensait pas s’élève une maison
Oh là, Lann Pendavat, c’est fini pour toi.
Là où les anciens disaient un pater,
Pour saluer Crénénan et la chapelle du Moustoir
Où ils s’arrêtaient encore pour saluer Quelven,
Là aujourd’hui on construit le logis d’une ferme.
Pourtant cette grande lande-là a été créée par Dieu
Pour séparer deux pays l’un de l’autre.
Séparer notre pays – le Pays Pourlet, c’est sûr,
De celui de Cléguérec et des gallos de Mûr.
En détruisant cette lande, on n’a pas fait quelque chose de bien
Maintenant nous risquons de devenir cornouaillais
Maintenant il nous faudra peut-être quitter notre pays
Et à la place on y mettra un cornouaillais ou un gallo.
Auparavant cette lande était fréquentée
Par de nombreux fantômes que l’on y voyait.
Les anciens racontaient que dès qu’il faisait nuit
Il y en avait un qui vous guettait
Et si quelqu’un se promenait sur la lande
Celui-là se plaçait juste à votre côté
Et il vous suivait sans savoir où vous alliez
D’un bout à l’autre de la lande jusqu’au jour suivant
De « Stank an Ihuern » jusqu’à « Mané Bras »
Il avait un grand bâton dans la main et sur la tête un grand chapeau.
Mais ces fantômes sont partis depuis longtemps
Depuis le jour où ils ont vu le travail des machines.
Où sont-ils partis ? Je crois sans dire de mensonge
Qu’ils se sont arrêtés un peu dans la lande du Vieux Bois.
Pour nous Bretons, si nous continuons comme ça
Il nous faudra aller bien plus loin, jusqu’au Canada.

Guillaume Le Borgne 
Œuvres de nuit
    

On laissera chacun rêver sur la vieille lande, de préférence le soir quand les fantômes accompagnent discrètement les passants dans leur traversée du temps et de l’espace.
Singulier le poète qui s’émeut des injures que subit sa lande, la plus grande de toutes les landes, progressivement dénaturée. Jusqu’à l’ultime saccage du travail des machines ? Et visionnaire, avec ça !
Que penser des deux derniers vers ?

Pour nous Bretons, si nous continuons comme ça
Il nous faudra aller bien plus loin, jusqu’au Canada.

Sous son trait d’humour, ne vise-t-il pas l’autre Saint Zénon, où vivent nos cousins québécois ?
Note. Canada, mot iroquois, signifiant village, établissement, terre, que le malouin Jacques Cartier adoptera pour nommer l’ensemble des terres de la Nouvelle-France.

Merci à Philippe Guégan pour sa collaboration qui nous a ouvert des espaces neufs. 
Et bien sûr à Anne, la mémoire des passeurs.