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15/10/2018




GORSEDD 1936 GUÉMENÉ
suite et fin
Nous voici donc arrivés au chapitre des bilans

Incontestablement, les fêtes du Gorsedd ont été un succès. Elles le doivent à l’ampleur et à la variété des manifestations proposées. Bien sûr, les séances apologétiques consacrées à l’œuvre universitaire de Joseph Loth s’adressent avant tout à un cénacle de familiers et de connaisseurs ; évidemment, la réunion privée des bardes échappe aux non-initiés. Les autres foyers, commémorations, concert de musique bretonne, concours des enseignes, messe du souvenir, grande parade en ville des sociétés bretonnes, animations au théâtre de verdure et concours de costumes, cortège bardique et cérémonies du Gorsedd autour et sur le dolmen de Mané Pichot, le débat sur l’enseignement du breton à l’école, enfin le banquet de clôture, tous sont ouverts au plus large public. De ce point de vue, le comité organisateur mérite des éloges. Ajoutez à cela, un soleil radieux sur les trois jours de fêtes guémenoises et le tableau est flatteur.


Allons-y voir de plus près...

Au plan comptable, aucun doute sur les retombées sonnantes et trébuchantes dans les goussets des commerçants, celui-ci plus, celui-là un peu moins. Guémené sait recevoir !
Les enseignes : une foule de badauds accompagne le jury et les cornemuseux. Que vous partiez du haut de la ville pour rejoindre le Scorff ou, à l’inverse, que vous montiez du bas vers la haut, les débits de boissons assurent, trottoir de gauche après trottoir de droite ; rien qu’eux, les annonceurs du programme vous rassasieront en cidre, gwin ru et autres breuvages propres à faire glisser les encas de charcuteries promptement distraits des garde-manger.
Les séances apologétiques, à la salle de cinéma, 250 personnes, essentiellement des notabilités. Ceux-ci ne vont pas casser la croûte sur place, mais il n’empêche ! A la sortie des conférences, ils ne manqueront pas de rejoindre les restaurants et auberges de la ville. Vous vous souvenez ! On a dit quelque part qu’on ne trouvait plus aucune chambre d’hôtel en ville et que les retardataires se voyaient contraints d’aller sonner dans les bourgs alentour.
A la restauration s’ajoutent les achats de productions locales, gastronomiques ou autres, sans compter les petits souvenirs. Guémené en connaît un rayon ; une formule bien rôdée de foires et de marchés hauts en couleurs en garantit la réputation. Reprenez les annonces. Ici on vous façonne une paire de chaussures pour le sport, là on vous taille un costume breton sur mesure. Celle-ci vous propose des dentelles, une autre les repasse. Offrez-lui une faïence de Quimper, offrez-vous une montre-gousset ! Un meuble breton, authentique, en chêne du pays ; une paire de sabots du meilleur hêtre… Il y en a pour tous les goûts.
On ne sait rien d’éventuels marchands forains mais qui dit rassemblement festif dit buvette et casse-croûtes à toute heure, sucres d’orge et berlingots, petits moulins et crécelles pour les enfants. Si la prairie du bord de Scorff propose quelques sièges de fortune en faveur des personnes d’un certain rang ou de santé délicate, on imagine que le gros du public s’assoit dans l’herbe en attendant de danser la gavotte ou de chanter en chœur. Encore quelques sous qui glissent dans l’escarcelle.
Après cette revue des opportunités d’échanger et de faire circuler la monnaie pour le plus grand bien du commerce local, venons-en à l’aspect culturel, très orienté celtique et régionaliste.



Le Docteur Donias, président du comité d’organisation, fait part dans son discours de bienvenue des difficultés voire des oppositions qui se sont manifestées. A juste titre, il ne s’étend pas et il fait bien. On constate que la mécanique des fêtes s’est déroulée sans le moindre grain de sable. Il y eut contestation, c’est sûr, et le débat sur le breton à l’école qui réunira 1000 personnes selon les organisateurs en est la manifestation explicite. Mais il est clair que les parties ont consenti une sorte de « gentleman agreement » comme on dit en Angleterre, c’est-à-dire un accord implicite de ne pas se livrer au petit jeu des peaux de banane qui aurait contrarié le plaisir du public. Après tout, un cortège de bardes vêtus de robes bleues, d’ovates en robes vertes et de druides en robes blanches, suant et soufflant sur les pentes ensoleillées de Mané Pichot, ça te vous a un petit relent de, j’allais dire désopilant carnaval, mais je corrige, de rituel chinois ou de n’importe quelle religion où l’on va implorer le ciel de nous accorder de belles récoltes et le paradis à la fin de nos jours. Ils vont chanter et faire reprendre en chœur le « Bro Goz ma Zadou », initiative qui est rapportée et privilégiée dans les articles de la revue de l’URB, « le foyer breton ». Voire !
La partie régionaliste aura dû faire quelques concessions. D’abord le programme : il est essentiellement rédigé en français, une seule page entièrement en breton. Ensuite, un fait d’importance  qui n’est jamais mentionné mais qui est rapporté par une participante. Si on chantait le « Bro Goz ma Zadou », on ne manquait pas non plus d’entonner une complainte locale tout à la gloire de la cité pourlette, rédigée en français celle-là et intitulée :

« la Guémenoise »

I
« Guémené qu’autrefois, dans ma folle jeunesse
Joyeux enfant
J’ai rempli le cœur gai les accents d’allégresse
De ta chanson
Aujourd’hui loin de toi, plein de mélancolie
J’aime à venir
Eveiller dans un cœur qui jamais ne t’oublie
Ton souvenir.

II
Sur les arides monts qui forment ton enceinte
J’aimais le soir
A l’heure où la clarté du soleil presqu’éteinte
Nous dit bonsoir
Avec de gais amis, aller l’âme joyeuse
Courir, chanter
Et jouer au soldat quand la troupe rieuse
Voulait lutter.

III
J’aimais sur ton coteau Kerver au front superbe
Perçant les cieux
Et dans l’étroit vallon, le Scorff coulant sur l’herbe
Silencieux
Jouer sur la montagne aride et grandiose
Comme un dolmen.
Résistant sans orgueil, à l’aquilon morose
C’est « Kerimen »

IV
Je revois le chemin aux pieds de la colline
Longeant le Scorff
Et les taillis ombreux où se cache et s’incline
Le vieux « Tronscorff »
J’aimais au fond des bois la charmante assemblée
De Crénénan
Où les binious sonnaient la danse échevelée
Des Korrigans.

V
Je n’ai pas oublié les coiffures mignonnes
Et les jupons
Brodés d’or et d’argent de tes belles Bretonnes
Et tes chansons
Et ton beau cimetière où s’étalent à l’ombre
Des sapins noirs
Des tombeaux qu’on prendrait à la nuit sombre
Pour des manoirs

VI
Ce que j’aime surtout, c’est ton passé si sage
Grande cité
Et tes fils achetant avec force et courage
Leur liberté
Par sa haine au tyran le courage héroïque
De ton Bisson
Et ses amis criant Vive la République
A l’unisson.



Il était attendu, le débat sur l’école. 
Dans le reportage précédent, vous avez pu lire le compte-rendu intégral qu’en donnait le journal l’Ouest Républicain, une pleine page. On rapporte que l’assistance est partagée, moitié moitié, et que le débat fut passionné et néanmoins courtois. Le chroniqueur écrit que : « on peut considérer cette réunion de Guémené comme une date dans l’évolution du mouvement breton ». Un peu vite dit puisque, dans la foulée, il signale les absents de marque excusés, dix députés bretons dont Paul Ihuel, fraîchement élu de la circonscription de Guémené. Suit le rapport moral de « l’Unvaniez er Brehoneg » qui rappelle que le mouvement « ne fait pas de politique ». Plus loin une affirmation forte de Yann Fouéré selon laquelle : « le breton est la seule langue d’un pays civilisé qui ne soit pas enseignée». Il est donné comme un propagandiste jeune, expérimenté, ardent, de tempérament réaliste, froidement décidé à ne rien négliger pour atteindre l’objectif. C’est tellement vrai qu’après avoir présenté le Front Breton qui s’est constitué à l’occasion des élections et qui réunit, dit-il, 25 députés, il s’emploie sur le champ à enregistrer les adhésions pour un Front Breton extra-parlementaire ; parmi les plus marquantes des adhésions : Debeauvais, au nom du Parti National Breton, le barde Jaffrenou, collège des bardes, le marquis de l’Estourbeillon, au nom de l’URB.
On poursuit alors par les revendications pratiques concernant l’enseignement du breton à l’école primaire et à l’école secondaire.
Dans le débat, intervient un instituteur de l’école publique en poste à Persquen, Jean Le Coutaller qui porte la contradiction. Il redoute, entre autres, la propagande autonomiste qui trouverait ainsi un moyen d’expression. La vieille garde nationaliste intervient alors pour clouer le bec à cet orateur talentueux.
Photo de Jean Le Coutaller, alors ministre
   
Rappelons tout de suite que Le Coutaller sera un des fondateurs des maquis FFI de la région de Guémené. Après la guerre, il deviendra maire de Lorient et ministre socialiste.
1936, c’est évidemment loin et la question du breton à l’école a évolué. Cependant, il n’est pas inintéressant de noter que les événements à venir, guerre d’Espagne et surtout la seconde guerre mondiale ont fait tomber quelques masques.
Etait-ce prévisible ? Le Coutaller avait-il vu juste en la matière ?

Le journal de l’URB dirigé par le druide Jaffrenou, « le Foyer breton », présente dans son numéro n° 58, celui-là même qui a largement rendu compte des fêtes du Gorsedd à Guémené, un article intitulé : 25 juillet- 20 août La Bretagne aux Jeux Olympiques d’Allemagne. Il s’agit d’une brève relation du séjour d’une délégation bretonne comprise dans la représentation des provinces françaises invitées à donner à Hambourg et Berlin des démonstrations de chant et danse de folklore populaire. « Notre photographie représente le Dr Goebbels, ministre de la propagande du Reich, recevant le groupe breton à son arrivée en car à Hambourg. »
Gloups ! J’avoue que j’éprouve un vrai malaise face à cette information. On ne peut sans doute pas prétendre que la délégation bretonne, pas plus d’ailleurs que les autres délégations françaises, était bien au fait de la nature du régime hitlérien. Mais comment comprendre que ce personnage clé du régime vient accueillir le groupe et que le journal, donc avec l’aval du directeur sans doute moins naïf et plus politique que les danseurs, publie cette photo de propagande ?

Cliquer sur photo : Gorsedd Guémené page 293 - photo Goebbels page 341

Vite, un détour sur le site Wikipedia (internet) pour en savoir plus sur les intervenants au fameux débat en question. Debeauvais, PNB, a fui en Allemagne nazie avant la déclaration de guerre ; pour lui, l’ennemi, c’est la France. Yann Fouéré a fondé un journal en mars 1941, « La Bretagne », financé par le régime nazi. D’autres notables de la mouvance dont le barde Jaffrenou et le marquis de l’Estourbeillon auront à rendre des comptes à la Libération pour avoir pactisé avec le régime de Vichy.
Et on retrouve cités dans le livre de Roger Leroux : « le Morbihan en guerre », Debeauvais et Fouéré pour l’activité des mouvements qu’ils impulsent contre les Juifs et les résistants patriotes.
On me dira que ce sont des choses du passé. Certes. Il n’en reste pas moins que l’on doit réfléchir à cette idée que « la fin justifierait les moyens ». Comment une cause, aussi juste soit elle, peut-elle s’égarer au point de pactiser et s’allier avec des entreprises contraires aux valeurs humaines ?**




POSTFACE

Guernica est de 1937. Le bombardement de la ville par les nazis a eu lieu le 26 avril. Picasso peint sa toile du 1er mai au 4 juin en réponse à une commande du gouvernement républicain pour le pavillon espagnol de l’exposition Universelle de Paris de cette même année 1937.
Dans cette période de la guerre d’Espagne et de ses suites, Guémené s’honorera en accueillant des réfugiés républicains espagnols. Les jeunes élèves fréquentant  l’école publique des filles et les apprenties de chez le tailleur Février ont gardé le souvenir marquant de ces camarades. Nous avons déjà évoqué ces témoignages au cours de nos rubriques, dont celui d’Eugénie Mahé.
Bien entendu, le chapitre de la Résistance apportera également la réponse claire du pays pourlet, une page diverse et glorieuse dont on n’a pas fini de rapporter tous les épisodes.

O0O

* Consulter d’urgence une carte géographique du globe terrestre établie en 1936 et qui montrerait les pays civilisés. Qu’est-ce qu’un pays civilisé ? De quelle civilisation parle-t-on ? Il est vrai que le musée de l’Homme ne sera inauguré qu’en 1938 avec cette devise reprenant le titre d’un célèbre tableau de Paul Gauguin : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? » Pour les arts premiers, on attendra 2006.
** Arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933. Goebbels, ministre de la propagande, antichrétien radical et antisémite acharné, jouera un rôle moteur dans les persécutions contre les Juifs : « Nous allons enfin mettre de l’ordre dans cette porcherie ». Nuit de Cristal en 1938.
Citation Ariane Mnouchkine, interview dans Télérama du 22 au 28 septembre 2018 : « Le 22 septembre 1933, à l’initiative de Joseph Goebbels, et via la création de la Chambre de la Culture du Reich, les artistes juifs sont exclus du monde culturel et ne peuvent plus se produire que dans des manifestations destinés à des publics juifs ».


O0O


Nous tenons à remercier Mme Simone-Février qui nous a transmis la fameuse chanson "la Guémenoise".

07/07/2018



Préambule


Raconter aujourd’hui les 4 jours de fête n’est pas une mince affaire. Le plus confortable consisterait à rapporter froidement les facs-similés des articles de presse. Je doute que le lecteur prenne plaisir à déchiffrer une suite de textes plutôt répétitifs.

J’adopterais donc encore une fois la forme d’un récit combinant fiction, extraits de presse et archives photographiques. Afin d’éviter toute confusion, je distinguerai ces alternances par un choix de couleur.



Le programme édité par le journal régional l’Ouest-Éclair et vendu aux visiteurs n’a pas été respecté à la lettre, mais qu’importe. Dans les semaines qui précèdent l’événement, on a procédé à des ajustements et c’est la presse datée du 26 juillet qui frappe les trois coups.

Extraits : Journal de Pontivy et compléments Ouest Républicain.

" L’an dernier, le Gorsedd des bardes fêtait à Quimperlé le centenaire de La Villemarqué, l’immortel collecteur des « Barzeis Breizh ». A Guémené sur Scorff il célébrera la mémoire du savant Joseph Loth qui a publié des ouvrages précieux sur les origines bretonnes. Dans la capitale du pays pourleth qui fut la citadelle des Rohan-Guémené, nous allons assister à quatre jours de manifestations intéressantes. Elles sont d’ores et déjà assurées d’un succès retentissant. On annonce que toutes les chambres d’hôtel sont retenues et qu’il a fallu avoir recours aux hôteliers des bourgs voisins. "

10 h : arrivée des congressistes. Une permanence se tiendra à la mairie de Guémené sur Scorff. Aubade par les binious, bombardes et cornemuses. Visite de la ville et des enseignes commerciales bretonnes. Attribution des prix par un jury.
11 h 30 : vin d’honneur offert par la municipalité. Souhaits de bienvenue par M Raude, maire, et M le docteur Donias, président du Comité.
13 h 30 : salle de cinéma Trébuil : conférences apologiques sur « Joseph Loth et son oeuvre », sous la présidence de M F Jafrenou (Taldir), docteur de l’Université de Rennes, ancien élève de M Loth. Différents orateurs prendront la parole : MM Diverres, professeur au collège de Swansea (Pays de Galles), Pierre Le Roux, professeur de Celtique à la faculté des sciences (!) de Rennes ; M Galletier, doyen de la faculté des Lettres de Rennes ; M Davy, recteur de l’académie de Rennes et Mme Mary Williams, déléguée de l’Université de Swansea.
17 h 30 : réunion privée du collège des bardes à la salle de réunion de la mairie.
20 h 30, à la salle Trébuil : grand concert breton populaire avec le concours des solistes de Haute-Cornouaille Tina Lucia, Adeline Médevielle, Marcelle Tanguy, M et Mme Cueffe et des bardes Jean Suscinio, Job Kergrist, Loiez er Steven et Ronan Perennez. »




Acte I : Samedi 25 juillet

Entrées en scène

Le correspondant anonyme de cette chronique, attablé devant son café au lait savoure ses croissants en lisant les journaux du matin. Forcément, l’Ouest Républicain accorde plus de place à l’événement du jour que le Journal de Pontivy, question de moyens, mais pour l’essentiel, ils concordent ; vous venez de le constater.

Un peu de fiction pour commencer, le récit d’un imaginaire témoin, titi guémenois qui traîne dans les rues, toujours à l’affût de l’anecdote.
    
« Ça fait bien 6 mois que les gens n’arrêtent pas de parler de la fête celtique. Les commerçants, surtout. Ils participent à un jeu bizarre qui les rend tout excités. Il s’agit d’un concours d’enseignes bretonnes. Nos boutiquiers se creusent la cervelle pour ajuster la formule adéquate. Papa a proposé « au pied de cochon » et « la truie qui file » mais on lui a répondu que ça faisait trop halles de Paris. Un qui se marre bien, c’est mon copain Joseph. Il donne des coups de pinceau un peu partout, à droite, à gauche ; il dit qu’il fait ses gammes. Y en a même qui l’ont surnommé Michel-Ange ! Bourrat, le peintre en bâtiment, lui, est tout simplement aux anges.
  
Pendant ce temps-là, nous les jeunes, on a la paix. Avec la bande, on enfourche la bicyclette et on se rejoue le tour de France. Chacun veut imiter René Le Grevès, le gars de St Tugdual, qui en est à 4 victoires d’étapes ; quasiment le seul à tenir la dragée haute à Sylvère Maes, le champion belge en passe de gagner le tour.


Ce matin, je me suis levé tôt. A cause du soleil, mais aussi à cause de la fête. J’ai enfilé ma culotte courte, ma chemisette blanche, chaussé mes sandales, attrapé mon béret et en route ! Il y avait déjà la foule quand je suis arrivé place Bisson. Les gens se massaient à l’arrivée des « huiles », les savants qui écrivent des livres et les aristos de la Bonne Société Bretonne Châtelaine et URBaine. Le chauffeur rangeait la voiture sur la place, allait ouvrir les portières et les passagers sortaient avec plein de manières en époussetant leurs manches et en retenant leur chapeau, comme Charlot dans un des films qu’on a regardés cette année au Cours Complémentaire. J’ai vu la marquise de l’Estourbeillon, elle me faisait penser à Mme de Grand Air dans Bécassine. D’autres encore. J’ai reconnu le fils Loth, William, en conversation avec le barde Taldir.

     
Après, avec les copains, nous avons suivi l’équipe qui partait faire le tour des enseignes derrière le cornemuseur Gildas Jaffrenou, le frère du grand barde. C’était poilant ! On s’arrêtait devant chaque boutique. Les patrons sur le pas de la porte souhaitaient la bienvenue au jury qui procédait ensuite à un examen très approfondi de l’enseigne, le texte surtout mais aussi la matière, sur bois, sur toile, etc., et l’originalité. Et tandis que sonnait l’aubade, on attribuait discrètement une note provisoire. Le plus souvent, surtout dans le centre, on passait plusieurs maisons en revue avant de souffler dans le biniou. Sinon, on y serait encore et tout le cidre de Guémené n’aurait pas suffi à étancher la soif des musiciens. Les petits drapeaux flottaient gentiment au vent léger et la troupe grossissait à vue d’oeil. 
Moi, ça me rappelait le conte du joueur de flûte de Hamelin et je me demandais si on n’allait pas nous noyer tous dans le Scorff, comme des rats. L’ambiance était chaude et la tournée n’en finissait pas. J’ai du rentrer en courant à la maison mais, par chance, mon père s’était attardé lui aussi et j’ai mangé la tête de veau froide avec maman et ma petit soeur en leur racontant mes histoires.


Sur le coup de midi, Auberge des Trois Marchands.

Rendez-vous des reporters dans la grande salle. On trouve ici toute la fine fleur des correspondants de presse : l’Ouest-Eclair, l’Ouest Républicain, le Nouvelliste, le Journal de Pontivy, etc. On y reconnaît aussi le délégué de l’URB chargé de couvrir l’événement pour le compte du Foyer Breton.

Note. Le Foyer Breton, « AN OALED », la Revue des Bretons Cultivés, est l’organe officiel de l’URB, directeur F Jaffrenou, Taldir, comme le montre la couverture du n° 58 qui publiera, entre autres, un compte-rendu très circonstancié des fêtes guémenoises.


Ambiance très chaude (andouille purée), bruyante (chants et rires), haute en couleurs (trognes allumées). Impossible de saisir les propos de nos chroniqueurs dans un exercice qui combine à la fois concentration, béatitude gastronomique et bons mots. Pour le moment on s’échange des fiches biographiques concernant les personnalités présentes ou invitées. Au pousse-café, on promet de se passer les « tuyaux » en cas de défaillance tant le chantier est vaste, les scènes démultipliées et dispersées aux quatre vents.

C’est le moment crépusculaire…


Dans sa chambre d’hôtel, le correspondant de l’Ouest-Eclair, Léon Le Berre, ci-devant barde Abalor, assis à sa table, écrit les articles du compte-rendu de cette première journée qu’il va transmettre à sa rédaction pour l’édition à paraître demain. Il a la tête un peu lourde mais il s’applique avec un professionnalisme inaltérable en utilisant ses notes. Par moment, sa tête vacille ; le discours du président Donias au vin d’honneur lui crée des soucis.

« M Donias, président, souhaite le premier la bienvenue aux personnalités accourues aux fêtes celtiques. Le comité devant une certaine obstruction, a bien été tenté de renoncer à sa tâche mais il a trouvé appui dans la majorité de la population, dans le conseil municipal et son maire dévoué à la cité. M Donias offre ses voeux aux délégués de Swansea et au successeur de M Loth à la faculté des Lettres, à M Le Roux, professeur de Celtique, et au recteur qu’il est heureux de saluer à la tête de cette délégation. Leur nom suffit pour répondre à ceux qui ont prétendu que célébrer les fêtes celtiques, c’était faire oeuvre rétrograde alors que les études celtiques sont une source inépuisable d’humanisme. Son salut ira aussi aux bardes animateurs de ces fêtes et spécialement à Taldir, au docteur Mainguy, collègue de l’orateur, M Yves Fournis, qui n’ont pas ménagé au comité leurs conseils et leur expérience. Ses compatriotes n’oublieront pas M Le Fur, gendre de M Loth, que ses obligations retiennent à Tanger ; en cette heure antique (!), tous seront heureux de la présence de M William Loth, toujours chez lui à Guémené et dont la piété filiale fut l’inspiratrice de ces fêtes et dont le nom restera lié à ces découvertes qui vont réconforter le marin perdu dans les brumes perfides. Pour tous, Guémené sera une cité hospitalière et son accueil sera d’autant plus chaleureux que les difficultés ont été surmontées. Quand l’heure du départ aura sonné, ce seront des « au revoir » et non des « adieux ».
     
Pour sa part, le correspondant de l’Ouest Républicain rapporte ainsi le propos concernant William Loth :

    
« Vous êtes à Guémené comme chez vous. Si Joseph Loth était la lumière des celtisants, nous sommes heureux de recevoir aujourd’hui celui qui reste le guide très sûr des aviateurs perdus dans le brouillard ».

Ce rapprochement montre que l’un (au moins) des deux éminents correspondants a mal supporté un vin d’honneur générateur de brumes perfides. Discours confus ou lecture distraite de la fiche William Loth ? Nous ne le saurons pas. Rappelons que l’éminent ingénieur a développé un système de guidage des avions qu’il a adapté par la suite aux navires (en 1940, les Allemands, conscients de l’avancée technique que cela représente, s’empresseront de mettre la main sur les brevets).
L’exemple cité montre le genre de variante qui existe dans les compte-rendus des journaux. Celle-ci est amusante mais on perdrait son temps à dresser un inventaire complet.
   
Le concert du soir.
  
Notre jeune observateur, pour l’occasion jeune auditeur, assista avec ses parents et sa petite soeur au grand concert breton. Seulement, il n’a rien écrit à ce sujet.



Épilogue 2018, le nez dans les archives

En panne d’imagination, nous aurons recours aux pages du Foyer Breton qui, vous l’avez remarqué sur la couverture présentée, est la revue des « Bretons cultivés ».
Si la chronologie des séquences marquant la journée est respectée, les compte-rendus sont adaptés afin que le lecteur ne s’endorme pas, du moins je l’espère.


Le Gorsedd plus fort que Gogol ; Tchitchikov achetait les âmes mortes, ici on fait d’un mort un président symbolique (muni des pleins pouvoirs sans doute).
De nombreux annonceurs figurent au palmarès mais tous parmi les lauréats ne le sont pas. A quoi pouvaient ressembler ces enseignes ? Nous n’en avons aucune trace et les photos de la Grande Rue n’apportent aucun élément. Peut-être existe-t-il quelque relique dans un des greniers des lauréats mentionnés ci-dessus ?

Apologie de Joseph Loth

Ce serait évidemment trop long de reprendre l’ensemble des communications. Nous avons retenu celle du président des bardes, Jaffrennou, car elle a le mérite de rappeler la position indépendante de Joseph Loth (cf. premier épisode). Et nous mentionnons les autres.


De même, nous passerons le compte-rendu de la réunion privée des bardes qui n’a pas de rapport direct avec Guémené.

Et nous voici en direct du concert.
Le texte apporte de nombreux détails intéressants sur la salle, sur l’ambiance, sur les participants.


On relève ici la précieuse mention de musiciens dont on trouve encore des enregistrements sur disques 78 tours : Joseph Le Guénnec (1889-1944), Parisien originaire de Ploërdut, le plus souvent associé à son compère Marcel Le Bouc (1891-1946) ; et Le Nouveau, du Faouët, associé à Le Gal.

 

Quand nous aurons dit que chacun des couples de ces sonneurs a enregistré sa « Gavotte de Guémené », on imagine que l’assistance a applaudi des deux mains et trépigné des deux pieds…
Par contre, nous n’avons pas idée de ce qu’est une « tyrolienne bretonne » ! Si les Gallos ne sont pas des Bretons à part entière (voir plus loin), les Tyroliens le sont-ils plus ?

Bonne nuit à tous !



Dimanche 26 juillet

Le programme sera respecté à la lettre. Nous suivrons d’abord le compte-rendu du Foyer Breton.


L’abbé Cario est présenté dans le programme comme l’ancien recteur de St Tugdual, choisi en sa qualité de membre du collège des bardes. Apparemment il sait mélanger les « ar cornouillais » et les « er vannetais » ; et les chatouilleux Guémenois n’ont pas moufté.
   
Pour ma part, Brassens n’ayant pas encore écrit sa chanson irrévérencieuse, je me garderais de l’entonner ici et me ferai tout p’tit devant l’éternel sans réclamer la messe en latin.




Attention ! Voici la mise en place de la parade qui annonce le défilé. Vous avez bien retenu la liste des sociétés qui composent le défilé. Je rappelle que le cortège part du Grand Moulin à 9 h 30. Il est censé rejoindre le cimetière pour une manifestation sur la tombe de Joseph Loth. En chemin, on aura marqué une pause devant le monument aux morts et écouté religieusement le discours que le maire a composé à la gloire d’Hippolyte Bisson. De St Gilles, on reviendra en ville pour la pose de la plaque sur la maison natale de Joseph Loth. A cette occasion, le sénateur Rio, lui-même membre du collège des bardes, montera à la tribune officielle pour un second discours.

En principe, on se disperse en fin de matinée. Le temps de se restaurer et on file au Théâtre de verdure au pré du Pont-Bihan où le spectacle est annoncé pour 13 h 30.
   
Il n’y a pas une minute à perdre. Quand je pense qu’il m’a fallu une journée pour effectuer ma virée exploratoire de Terminus à l’allée des Soupirs, j’espère que le cortège a prévu une voiture-balai pour transporter les éclopés ! Je suppose que les personnalités ont bénéficié d’un généreux transport moelleux en véhicules motorisés…
  
Reprenons en détails et en images. Et ne pas se tromper de journal : l’Ouest-Républicain du 30 juillet pour les discours, le Nouvelliste pour les images (mais la page sera reprise telle quelle par l’OR du 2 août).


Complètement d’accord, c’est vraiment limite question qualité d’impression.
  
Par chance, un jour, un vendeur de cartes postales proposait celle qui suit, en deux morceaux et avec son tampon en travers . On reconnaît bien les maisons typiques du centre ville, très nettement le pavoisement de la Grande Rue, et au fond, les « limousines » qui véhiculent les personnalités. On distingue quelques enseignes, Bruel, Pérès, et plus haut mais sans déchiffrer. Les costumes bretons sont difficilement identifiables, sauf le groupe des enfants où les fillettes sont assurément pourlettes.


Impossible de dire à quel moment se place la scène. Peut-être avant le rassemblement sur la place Bisson et la harangue du maire à la gloire de Bisson.
   
Encore une fois, nous aurons la chance avec nous et un bon samaritain va nous tirer d’affaire. Second cliché pris au même endroit et à quelques minutes près.


L’image est nette de l’Hôtel des Voyageurs jusqu’à l’Union des Docks. Je cherche et ne trouve pas la moindre enseigne bretonne. Je lis bien « Tissus et confections » chez la veuve Monnier, Horlogerie chez Pérès, puis Ameublement, Boucherie Le Bihan, Mercerie Bonneterie Ploteau frères.
  
Et je reconnais dans l’encadrement de la porte d’entrée de l’Union des Docks, béret sur la tête et manches de chemise retroussées, un jeune homme âgé de 26 ans, Jean Le Guénnec, observateur attentif, qui se révélera quelques années plus tard partisan dans la Résistance FTPF et deviendra un acteur marquant de l’histoire de Guémené des années 1940 à 1970.
   
Le cortège formé comprend plusieurs groupes folkoriques (sociétés bretonnes selon la terminologie URB), quelques costumes pourleths (ou pontivyens) et, en tête, un groupe d’une dizaine d’enfants guémenois. Le photographe, probablement Le Guernével, en a tiré l’agrandissement suivant où l’on identifie facilement : Simone Février, Yvette Conan, Hélène Le Bourlais, x Conan, Pierrot Bourlais, Yvonne Mocaër et le petit bonhomme Albert Le Guernevel.


Ces images précèdent probablement le rassemblement sur la place Bisson devant le monument aux morts où Raude, le maire, s’apprête à rappeler la gloire de Bisson. Voici un fragment du compte-rendu qu’en donne l’Ouest Républicain du 27 juillet…
   
« Sur la place, non loin de la maison natale du héros du Panayoti, devant toutes les sociétés bretonnes…, après une vibrante claironnée de la fanfare de Baud… L’orateur évoque l’enseigne de la Magicienne commandant la prise toute récente du Panayoti. Il évoque le bâtiment sur le point de redevenir la proie des pirates et la Sainte Barbe qui saute après les adieux du pilote Trémentin le 4 novembre 1827… »
   
… Et la cérémonie qui suit au monument aux morts de la guerre.
   
« Enseignes au vent, fanfare éclatante, inimitable griserie du biniou, costumes magnifiques d’un interminable cortège, tout cela a pour centre, le monument aux morts de la guerre. Mlle Francine Le Bray, une charmante guémenoise, dépose une gerbe de fleurs, et après la minute de silence, c’est le chemin du cimetière devant la tombe de Joseph Loth. »
   
Son raccourci final ou plutôt le bond qui le propulse devant la tombe montre à l’évidence que le chroniqueur n’a pas fait la route à pied sous le soleil comme les copains ! Tant mieux pour lui. 
  
Rouvrons le Foyer Breton.




Je n’ai pas vocation à discuter les thèses de l’URB de 1936 mais il me semble que l’avant dernière ligne pose question. Elle exclut de facto tous les Armoricains (faut-il les réduire à cela ?) qui, nés du mauvais côté de la rivière, ne parlent pas la langue sacrée.
   
Le journal l’Ouest Républicain publiera de larges commentaires de ce discours en breton. comme du prochain, à la cérémonie suivante devant la maison natale de Joseph Loth, en français celui-là.



A la maison natale

  
On a dressé une estrade où ont pris place les personnalités nommées dans les compte-rendus.



Cette séquence bénéficie de quelques illustrations provenant de sources diverses : Foyer Breton, la planche du Nouvelliste, et Gérard Roselli, notre bon sauveur.
  
A mesure que les orateurs se succèdent à la tribune, on assiste à des permutations. Pour ne pas alourdir, nous retenons le document de meilleure qualité et les images qui apportent un complément d’information.


Sur l’estrade, sont présents de gauche à droite : Jaffrennou et Mme, Alphonse Rio, Eugène Raude, William Loth, Degoel, le barde Cueff, le général Maurin. Au premier plan, plusieurs jeunes gens en costumes bretons et le groupe des enfants guémenois déjà cité.

Pour compléter, M le sénateur Rio donnant le bras à Mlles Le Bourlais et Ducamp. (extrait du Foyer Breton).


La cérémonie finit en chanson, l’assistance entonne le « Bro Goz ma Zadou » (extrait de la planche du Nouvelliste).


Vite, allons nous restaurer si nous ne voulons pas manquer les spectacles du théâtre de verdure…




Au théâtre de verdure

Voici ce qu’y a vu et admiré le narrateur du Foyer Breton. Vous noterez cette assertion forte que « les bardes ont forcé la clémence du ciel » pour la durée des journées de fêtes à Guémené.


Illustrations. Une vue du théâtre érigé dans « le cadre de verdure unique au monde.»


Une troupe est en place sur la scène, l’artiste chante dans le micro dont on distingue l’impressionnant trépied. Puis les danseurs de Quimperlé y vont de leur pas de gavotte mais la photo parue dans les journaux ne mérite pas les honneurs…

Après qu’on eût épuisé les démonstrations artistiques de musique, chant et danse, vint le concours des costumes bretons du pays pourlet.

Les lauréates sont données dans l’édition du 2 août de l’Ouest Républicain. Malheureusement, le pèle-mêle est un peu confus.


On s’achemine vers la fin des chants et danses. Un souffle de fraîcheur avec les enfants guémenois qui se produisent dans une gracieuse gavotte si on en croit le correspondant du Journal de Pontivy (édition du 2 août).


Puis, pour clôturer cette journée, un choeur occupe la scène derrière les précédents artistes et c’est à nouveau le Bro goz ma zadou.


Le dispositif microphonique est effectivement impressionnant, à la pointe de la technique de l’époque : le chroniqueur de l’URB a signalé que les spectacles étaient filmés par Éclair-Journal. Les enfants ne semblent pas chanter, ils se tiennent comme de simples figurants de la parade.

On reconnaît Émile Cueff, le barde chantant, déjà signalé sur l’estrade dressée devant la maison Loth (cf. plus haut).

Tirons le rideau ! Mais attention de ne pas glisser dans le Scorff !



Lundi 27 juillet

L’événement du jour, c’est évidemment le Gorsedd à Mané Pichot
En voici la présentation dans le Foyer Breton.


Gros plan sur les artisans qui initièrent cet exploit, le comité au grand complet.

Nous poursuivons par la description de toute l’expédition, ce lundi matin. 
Voici ce qu’en dit le Foyer Breton.

  
Le Journal de Pontivy du 2 août apporte quelques précisions sur des aspects négligés par le précédent compte-rendu. … « Cortège symbolique et si curieux des bardes en robes bleues, des ovates en robes vertes et des druides en robes blanches se rendant sur la colline du Mané Pichot à 500 mètres de Guémené, cérémonie de la paix et du gui, serment du glaive, investitures des nouveaux bardes, toutes admirablement ordonnées. »
  
Mais c’est sans conteste, l’Ouest Républicain qui apporte les informations les plus adaptées au public profane.


Ça commence un peu comme « la mouche du coche » de La Fontaine. Quant au dolmen, il est dit ici importé (donc tout fait) d’une lande de Malguénac. Ne chicanons pas. Nous avons la trame pour interpréter les images de très pauvre qualité tirées du Foyer Breton.
Figures en attendant l’ouverture :


Puis sonne le cor du druide Abalor, Léon Le Berre, le chroniqueur de l’Ouest-Éclair. Le coin de la pierre du dolmen remet à sa juste proportion le monument (dont quelques fragments sommeillaient encore dans le jardin d’Eugénie Gourlet en 2016)

  
La cérémonie du glaive, 
les participants nommés dans l’article précédent.


Puis les investitures : avec une vue générale puis une image plus serrée.



Avant la descente endiablée, le « Bro Goz ma Zadou » avec le même groupe d’enfants infatigable et héroïque, mais très mal rendu ici.


Les musiciens s’en vont devant, les enfants suivent en rêvant, puis vient le pittoresque cortège des druides et des bardes précédé de la bannière.

  
Entré dans la ville, le cortège s’arrête devant la colonne Bisson, se recueille une minute devant le monument aux morts où l’on a dressé un grand calicot : « Dalc’h sonj », souvenez-vous ! Et, en attendant l’heure de midi, les sonneurs font danser les amateurs de gavotte (même source l’OR).


Pendant que l’on se restaure avant les débats qui vont se tenir à la Pomme d’Or sur le thème de l’enseignement du breton à l’école, rapportons les personnalités investies cette année sur le dolmen de Mané Pichot, liste complète dans le Foyer Breton.




Le débat sur l’école




Goscinny n’a pas encore inventé le village des irréductibles gaulois ; néanmoins Guémené connaît ses classiques. Pareille fête ne pouvait se conclure sans un gueuleton mémorable. Il a lieu à l’Hôtel des Voyageurs. Ça se joue à guichets fermés. Nous n’aurons qu’un très maigre entrefilet, rien à voir avec le menu gastronomique servi aux convives.


Nous laisserons le mot de la fin au Journal de Pontivy
« Il convient de féliciter le Comité Organisateur qui avait à sa tête le docteur Donias, de l’ordre qui ne cessa de régner dans les défilés et aussi du bon goût qu’il apporta dans l’exécution des différents décors, notamment dans celui du théâtre de verdure. »



Mardi 28 juillet

Cette séquence n’a pas directement à voir avec Guémené. Les personnalités et invités ont bénéficié d’une pieuse visite touristique des lieux où ont vécu Joseph Loth et sa famille, sans négliger pour autant de rayonner à travers le canton. Une tradition bien ancrée qui perdure : au moins Kernascleden et Pont-Callek.
Voici le compte-rendu que donne le Foyer Breton de cette excursion mémorable. Les musiciens ne manqueront pas de noter le rôle pionnier de Joseph Loth dans la conservation des témoignages du passé.


Comme il est dit, il pleuvait à torrents ce jour-là. Les bardes avaient peut-être irrité en Haut Lieu au point que la clémence vira à l’aigre. Toujours est-il que le Ciel tomba sur les têtes, bardes, ovates et druides réduits à l’état de tremblants Gaulois trempés. La voie était ouverte où allaient s’engouffrer Goscinny et Uderzo, celle de leurs « désopilants » héros.
« Ouaf ! Ouaf ! » La ferme, Idéfix !


Fin de l’épisode




Merci mille fois à Gérard Roselli pour les trois épatants documents qu’il nous a aimablement fournis.
      
*A un de ces quatre : raccourci de un de ces quatre matins qui désigne à priori un temps court mais indéterminé avec plus ou moins de certitude ; ici le temps sembla trop court mais bourré de celtitude.