26/06/2017



À GUÉMENÉ, de 1946 à 1950
une vie d’interne, entre rire et chagrin 



Brève histoire de l’institution, des origines à la Libération

Reconstruit en 1930 sur le site de l’ancien hospice, le Cours Complémentaire des filles est désormais consacré comme un établissement de premier ordre dans le département et son pensionnat fait figure d’institution.
Un bastion marquant de la ville pourrait-on dire. Il doit sa notoriété en grande partie à sa directrice Mlle Le Gunéhec qui en assure la conduite depuis 1929.

Une série de cartes postales éditée dans les années 1937-38 s’affirme comme un bel outil de communication destiné à séduire les candidates potentielles du département. Les cartes donnent une idée de la disposition des lieux, des bâtiments, cours et jardins, mais aussi des conditions matérielles qui attendent les élèves, classes, bureau de la directrice, parloir, réfectoire, cuisine, dortoirs, infirmerie. 

Nous avons déjà évoqué dans le blog « le groupe des pipeaux » qui ne comprenait d’ailleurs que des filles de l’école primaire ; unique morceau de musique dans la présentation qui laisse supposer que Mme Dufeix et son violon n’avaient pas encore rejoint Guémené. Les grandes élèves du CC apparaissent dans des disciplines précisant les filières proposées : enseignement général moderne, incluant sciences et éducation physique, option section ménagère, option section commerciale. Pour compléter les plages de détente plus banales, on met l’accent sur les créations à caractère culturel, pièces de théâtre et exercices de danse, qui donneront un lustre particulier à l’établissement.


Le cadre général fixé et la communication bien orchestrée, le Cours Complémentaire draine de nombreuses jeunes filles de la ville, du canton et bien au-delà, qui ont réussi le concours d’entrée en 6è ou le concours des bourses.

De fait, jusqu’à la guerre, l’établissement retient l’attention par ses résultats aux examens. Les conditions de vie en internat, les avancées pédagogiques, l’ouverture culturelle et sur le monde, ne font pas l’objet d’une réelle évaluation. C’est une affaire neuve, inédite, laissée avant tout à l’appréciation des parents d’élèves le plus souvent dépourvus de réels repères. Là-dessus, les élèves eux-mêmes ont encore moins voix au chapitre, et pour longtemps.
Naturellement, la guerre et l’occupation allemande vont bouleverser les choses, ne serait-ce que par les restrictions qu’elles entraînent. La direction et l’encadrement de l’école doivent faire preuve de débrouillardise et de pugnacité pour faire tourner la boutique. C’est la même chose au CC des garçons. Les directions assument entièrement l’économie du système.
Là-dessus débarquent les lycéens lorientais réfugiés à Guémené, qui investissent les locaux mis à leur disposition par la municipalité, l’auberge de la Pomme d’Or et la salle Trébuil, avec une cohabitation dans les établissements scolaires, CC filles et CC garçons, pour certaines opérations de la vie courante, restauration, études, hébergement. Plus encore que les autres, ils vont subir ces temps difficiles, en particulier le rationnement et la sous-alimentation. Pour les plus âgés, s’y ajouteront les risques liés aux décisions prises par l’Etat collaborationniste, dont le STO, et pour certains, leur engagement personnel dans la Résistance. Ils y feront tous une découverte, éclaircie ou promesse d’avenir, la mixité.
« Chaque groupe avait ses codes, ses attitudes, ses certitudes. Les rôles sociaux étaient distribués et, comme dans certaines danses bretonnes traditionnelles, quand les garçons faisaient les fiers, les filles, modestement, baissaient la tête.
Tout à coup, dans le chaos de la guerre, voilà que ce monde vole en éclats. Les garçons et les filles sont dans les mêmes classes, ils se retrouvent dans la même cour. Bien sûr, la ségrégation est maintenue dans les internats et les sorties du dimanche et du jeudi, mais le ver est dans le fruit.
Car en classe, on apprend à se connaître, les filles et les garçons ne sont plus dans des groupes anonymes, les unes et les autres ont des noms, des caractères, des personnalités. On apprend à se connaître en tant qu’individu, et non plus en tant que membre d’un groupe, d’une autre race presque. »
Citation extraite du livre La Pomme d’Or




   C’est une maison bleue…
En octobre 1946, les conditions économiques françaises n’ont pas radicalement changé. On use toujours des tickets de ravitaillement qui permettent d’obtenir un strict minimum. L’étau se desserre un peu, les ceintures pas trop. La nouvelle génération se presse aux portes du Cours Complémentaire dans un espoir de vie nouvelle. La directrice est toujours la même, personne ne s’en plaint ; mais c’est toujours la même Mlle Thérèse qui accueille les fillettes et leurs valises en carton bouilli le jour de la rentrée. Que faire, à qui s’ouvrir de son chagrin quand les parents vous quittent après une dernière embrassade ? Alors Thérèse réunit les mains des nouvelles et des anciennes pour une ronde dans la cour en attendant l’heure de la soupe. Ce soir, on connaîtra le réfectoire (qui prend un e) et le dortoir (qui n’en prend pas). Les plus vives auront pris la mesure des camarades et des surveillantes, les plus émotives auront pleuré secrètement. Allons ! Allons ! Rappelle-toi que tout cela est pour ton bien…
Les mois ont passé. Le temps s’écoule rythmé par les mêmes événements répétés chaque semaine. Le lundi matin, le sourire des externes ; une sorte de bouffée d’air pur pour des fillettes qui ont passé un dimanche convenu et sans surprise que l’on ne raconte plus sans une touche d’amertume. Le matin, on s’est préparé pour cette journée si particulière. On a enfilé la tenue bleu marine de la parfaite interne, jupe bleue, haut bleu, pèlerine ou manteau bleu, « bibi » bleu pour les-unes, chapeau « miss » bleu pour les–autres, bien planté sur la tête, des bleus partout ! On a enfilé les chaussures de pluie, galoches ou brodequins, non, ceux-là ne sont pas bleus mais cirés consciencieusement. On se rassemble sous l’œil éprouvé de la pionne pour rejoindre la chapelle St Joseph, rescapée de l’ancien hospice, où on va assister à l’office de 9 h au milieu des paroissiens du quartier qui, soyons-en assurés, jaugeront du regard nos tenues et notre comportement.
« Allez ! La messe est dite ». Retour au logis. La dispersion nous répartit dans les classes d’étude. On peut souffler un peu, dessiner, écrire à nos amis et à nos proches, ou avancer les devoirs pour les plus entraînées. A midi, nous formons une longue queue presque silencieuse pour rejoindre le réfectoire. Une voix, celle de Paulette : « Qu’est-ce qu’on mange, ce midi ? » Thérèse : « des frites ». Et Paulette, de reprendre d’un air déçu et presque dégoûté finissant decrescendo et lamento, presque en expirant : « des friiites ». Réplique massue de Thérèse : « T’auras des nouilles ! » Paulette eût des nouilles, et encore des nouilles, jusqu’à la fin de l’année toutes les fois qu’on nous servait des frites.
A sa fenêtre du premier étage, la directrice ; au jardin, Thérèse.




Je chante, du soir au matin, je chante sur mon chemin !

Le jeudi, jour de repos à l’époque, les internes subissaient la revue de paquetage, comme on dirait au régiment, ou de détail, si vous préférez. Thérèse faisait vider tous les casiers contenant des affaires personnelles. On récurait et nettoyait les boîtes entreposées dans l’entrée du réfectoire, modestes garde-manger contenant le beurre, la confiture, etc. On attaquait ensuite les boîtes à chaussures. On sortait les brosses et les chiffons, on briquait, on polissait, on prenait au piège la lumière, on l’apprivoisait comme les enfants cireurs de souliers de Broadway que chantait Yves Montand
Aucune des filles n’y a trouvé sa vocation mais ça n’empêchait pas les tractations et les échanges de bons procédés : « je cire tes chaussures et tu me fais mon problème de maths ».  Thérèse est de retour, on explore les boîtes de toilette et leur contenu. Elle surveille, elle contrôle tout. Heureusement, elle n’intervenait pas dans les affaires scolaires. L’estampille des actes et des appréciations était le tampon de la directrice : F. Le Gunéhec.
Et vous voulez que je vous décrive nos promenades des jeudis et dimanches après-midi ? En rangs par deux et en silence.
On n’y voit que du bleu même s’il pleut ou que le ciel est gris. Nous prenons la sortie sur la rue Neuve, près de la chapelle St Joseph
Voici quelques-unes des balades des plus enrichissantes, adaptées aux conditions météorologiques.
Si le temps est clément et les dieux propices, on traversera la ville, direction la route de Langoëlan, le moulin de Tronscorff nous attend.
Par contre, si règne une agitation suspecte dans la ville, ce sera le grand tour de Locmalo, par Lann-Sarre, balayé par le vent et cadencé par le cri des corneilles.
Si le ciel menace et se couvre de lourds nuages noirs, ce sera le petit tour de Locmalo, par le Cozlen.

   
Si la pluie n’accorde aucun répit, on fera le tour de l’hôpital ; deux variantes possibles également séduisantes, par St Gilles ou en travers, l’urgence, tous aux abris : « dès que les vents tourneront nous nous en allerons ».
Quand le vent est au nord, les virages de la route, les grands chênes des talus, la quiétude du château de Coët-Nouzic, nous protègeront le temps d’un aller jusqu’à Persquen et sur le chemin du retour.
Mais quittons ces promenades tout au long des dimanches et des jeudis sans fin.


Un après-midi sur le mont chauve
 « Quand le vent est au sud quand le vent est au rire », écoutez-nous chanter !
Ce jour-là, par je ne sais quel miracle, Mlle Loussouarn avait obtenu la permission de nous lancer à l’assaut de Mané Pichot, une des montagnes sacrées de Guémené1.
Sur le coup de 1h de l’après-midi, nous avions dévalé les cours à grand train comme une nuée de moineaux pépiant au soleil de mai. Une fois franchies la porte de l’école, côté lavoir, attentives à ne pas nous signaler au passant attardé, nous avions repris notre calme et, par une série de contorsions méritantes, réussi à camoufler tant bien que mal nos accessoires de fête. Andrée portait son violon en béquille sous son bras, Christiane et Lucienne l’imitant calquaient leurs pas sur les siens pour éviter un déhanchement disgracieux du groupe. Les autres cachaient discrètement parures et partitions dans leur sac ou leur petit panier. Pour un peu, on aurait chanté en canadien, «  I went to the market mon p’tit panier sous mon bras ». Route de Pontivy ou chemin des voleurs, je ne me souviens plus. Mais après la dernière maison, la cohorte grimpa le mont dans un climat de franche gaieté. Et l’on arriva au haut.
Le temps de trouver le tapis de fleurs bien adapté à notre cérémonie, et nous déployions nos mystérieuses tenues de scène, qui sa culotte de gym bouffante, qui sa robe fleurie, qui son masque en forme de bec d’oiseau, qui son chapeau, fleuri, miss, ou à claque, au choix. Nous allions fêter, et en anglais s’il vous plait, une idylle peu commune et connue de nous seules à Guémené, celle de « lily of the valley » et « forget-me-not ».
Mlle Loussouarn nous enseignait l’anglais. Bien entendu, nous pratiquions la méthode Carpentier et Fialip comme partout ailleurs dans le Morbihan. Néanmoins, la professeure s’autorisait quelques fantaisies et cette escapade agreste en était une.
« Lily of the Scorff valley », sa majesté le muguet, élégant dans son fourreau vert et inclinant avec distinction ses clochettes blanches, offrait son parfum délicat en même temps que sa main à la douce « forget-me-not », myosotis aux petites corolles bleu azur qui s’éploient autour de gorges jaunes.
Leur union faisait naître autour d’eux une mélodie du bonheur qui agitait les hôtes de la clairière. Chaque fleur de la montagne y allait de son couplet, tout cela en anglais : l’accorte bruyère composant un tapis magique agitait ses grelots en guise de bienvenue à tous ; le bouton d'or, « buttercup », resplendissait comme un soleil ; suivaient « daisy » la pimpante marguerite blanche au grand cœur de midinette, la pensée délicate et timide dans sa robe moirée, le globulaire grincheux dit fleur de tonnerre, le délicat moulin rose tout essoufflé, venu spécialement depuis les rives du Scorff, le duo des cousines orchis la rustique mouchetée et l’exotique tigrée, la haute épilobe au port élancé du flamant rose, la digitale pourpre chevrotant en retenant sa larme, l’aérienne ancolie naturellement mélancolique, « poppy », le coquelicot froissé à la lippe rouge pendante et délavée par l’orage, sans oublier Dandy, l’élégante porte-parole de la compagnie des jacinthes. Tandis que le grillon s’épuisait à frotter son cri-cri, le pinson s’égosillait à pousser ses trilles accompagné par la fauvette mélodieuse ; le rouge-gorge ne disait rien, « sir robin red-brest » observait la scène de son œil rond se contentant de faire admirer son plastron.
Le bleuet bleuet arrogant comme un aristocrate au sang bleu fut conspué « hou ! hou ! » quand il se présenta ; ne le cherchez pas sur la photo. Pas plus que les jonquilles, feues les « daffodils » dont on piétinait les restes desséchés.
Voici la photo à l’issue de la cérémonie, les fleurettes voltigeant comme des confettis (des gros) en faisant la ronde tout autour et parmi les interprètes réjouies.

On a posé avant les agapes qui accompagnaient les accordailles. Oh, rien que de bien modeste ! Un goûter de pain et de barres de chocolat arrosé d’eau. A moins que les externes aient apporté un extra…Qui le saura jamais ?
Salut aux artistes quittant le paradis pour un retour au purgatoire (avec un e)
1
Christiane Dréano, 1er violon
2
Lucienne Guégan, 2ème violon
3
Anne Allanic
4
Georgette Jaffré
5
Louisette Le Roux
6
Cécile Calvé
7
Christiane Philippe
8
Gisèle Lucas
9
Andrée Rouillé, 3ème violon
10
Denise Le Cunff
11
Louisette Darcel
12
Josiane Pagnoux
13
Monique Gaonach
14
Marie-Thérèse Graignic
15
Suzanne Le Lann

Annotation Anne Allanic : 1948, classes de 5è, fête des fleurs. Costumes faits avec les moyens du bord, chapeaux et ornements en fleurs de papier (sauf les deux chapeaux Miss), nos moyens à toutes étant fort limités.




    Dans la cour, devant la classe de 6ème B 

Nous retrouvons nos élèves de 5è dans leur quotidien à l’intérieur même du CC. Les photos sont aussi de 1948, probablement plus tôt dans la saison. Les arbres qui se reflètent dans les carreaux sont toujours dépouillés et, si la plupart des filles chaussent des sandales, elles ont néanmoins gardé les chaussettes et la petite laine sur le dos. Deux groupes posent successivement au même endroit, devant la classe de 6ème B, précise Anne Allanic.



Le groupe de 5ème A


1
Gisèle Le Du

Marie Claude Lechat (St Pierre de Quiberon)
3
Denise Le Cunff
4
Anne Allanic
5
Madeleine Caradec (Carnac)
6
Marcelle Le Bourquin

Annick Fourdan (Berné)
8
Yvette Robic
9
Paulette Kervégan



10
Odette Guillaume
11
Monique Dubois (Lochrist)
12 
Monique Gaonach (Le Trinité)
13
Louisette Darcel
14 
Yvette Tronscorff (Lescouët)
15
... Le Louarn
16
Gisèle Lucas
17
Andrée Rouillé
18
Georgette Jaffré
19 
Annick Peuron

Le groupe de 5ème B


1
Yvette Moinard (Questembert)

Annie Le Clanche
3
Eliane Guyonvarho (Baud)
4
Cécile Calvé
5
Josiane Pagnoux
6
Andrée Jan
7
Christiane Dréano
8
Solange Le Tréhuidic
9
Denise Fortune (Locmalo)


10
... Le Sciellour
11
Marie Thérèse Graignic
12
Marie Le Beller
13
Georgette Mathias
14
Jacqueline Collobert (Le Saint)
15
Yvette Le Martelot
16
17 
Maryvonne Benech
18
Suzanne Le Lan
19
Christiane Philippe
20
Denise Le Galliot
21
Francine Gouel
22
Anne Fouillé 



O0O

Les internes n’ont pas profité de la mi-carême de printemps, sauf celles que leurs parents ont sorties pour l’occasion. Les autres ont regardé le ciel bleu et ont marché vers d’autres horizons. Peut-être une reconnaissance à Mané Pichot en rêvant d’une fête des fleurs bien à elles…
Par contre, c’est probablement en 1948 que Mlle Le Gunéhec fut honorée d’une haute distinction qui avait donné lieu à une grande cérémonie dans les murs du Cours Complémentaire. Sur l’estrade, les personnalités et de nombreux enseignants, dont Louis Feuillet, directeur du CC garçons, entouraient la directrice tout habillée de blanc. Tandis que les orateurs se succédaient à la tribune, rivalisant d’éloges, les élèves se tenaient dans la cour, sous le soleil, ayant revêtu pour la circonstance la tenue bleu marine réglementaire. Les deux solistes du chœur de ce temps, Yvonne Le Lamer et Jeanine Le Roux, avaient chanté “ Shenandoah*.(Elles ne sont pas sur la photo de chorale de 49).



Note : * chanson qui est restée très populaire parmi les élèves du CC et les filles qui allaient en colonie avec l’école publique de Guémené. Shenandoah, en amérindien « la belle fille des étoiles », est une rivière de Virginie, affluent du Mississipi.
Nous en resterons là pour l’année 1948. Puisse le hasard nous faire découvrir quelque nouvelle documentation qui permettrait de développer les sujets abordés. En matière d’archives officielles, presse ancienne, etc., c’est généralement plus facile de travailler sur les périodes d’avant-guerre. A vos greniers ! 
Précision1. Mané Pichot fut sacré et consacré en 1936 à l’occasion de la fête celtique qui honora Joseph Loth. Il servit de lieu de culte lors du Gorsedd des bardes ainsi que le rapporte le Journal de Pontivy du 2 août 1936.

Merci encore à Anne Allanic qui nous a fourni les couleurs de ses souvenirs dont nous avons tiré une toile imaginaire avec le moins de bleu marine possible.
Remerciements aussi à l’Amicale des Anciens Elèves de la Pomme d’Or, pour leur précieux témoignage.



O0O

POSTFACE

La séquence « un après-midi sur le mont Chauve » est une libre adaptation de l’histoire lue et apprise en cours d’anglais par les filles du CC, et interprétée comme il est dit par les élèves de 5è dans le courant du printemps 1948. Le texte original figure dans le manuel scolaire « l’Anglais Vivant, classe de quatrième », par P et M Carpentier-Fialip, édition Hachette, 1940 ; chapitre IV « The seasons », sous forme de 5 extraits de l’œuvre de Maurice Baring, « Forget-me-not and Lily of the Valley » publiée en 1907.
L’histoire se passe en Angleterre sur les rives d’un lac. L’auteur entremêle gentiment Shakespeare et Perrault, Cendrillon et le songe d’une nuit d’été.
Afin d’apaiser la querelle qui oppose les fleurs d’été à celles du printemps, le paresseux lézard vert organise un somptueux bal où seront conviées toutes ces coquettes. Sur les conseils avisés du papillon, il a choisi cette nuit qui confond les deux saisons avant de les séparer. Les invitées sont accueillies par l’orchestre des oiseaux et le protocole est assuré par les fidèles compagnons du lac, libellules, vers luisants, etc. Coup de foudre entre la princesse myosotis et le prince muguet, idylle dans le salon réservé tandis que tournent les couples sur la piste de danse. Le temps passe si vite qu’on ne voit pas l’aube poindre. Ici pas de pendule qui sonnerait les 12 coups de minuit, mais un horizon qui s’allume des feux du levant. Tout le monde s’agite pour déguerpir au coup de sifflet du bouvreuil. Malgré les exhortations de Forget-me-not, Lily of the Valley refuse de quitter leur refuge, le palais au cœur du bassin des nénufars. Personne ne reverra jamais les amoureux sur les rives du lac.
Les personnages apparaissant dans cette histoire sont nombreux et variés, fleurs, oiseaux, lézard, papillons, etc. Les 15 filles présentes sur la photo ont interprété chacune au moins un personnage, sinon plusieurs. L’une peut imiter la grive au violon puis minauder en Madame Violette de Parme ou faire son entrée en carrosse telle Lady la Rose. Comment s’y retrouver ? Nous savons reconnaître le myosotis et le muguet, mais ni la rose ni le réséda. Une autre sera le lézard vert accueillant son monde et peut-être aussi le rossignol moquant l’alouette qui clôt la fête d’un réglementaire « god save the king ». Il est probable que les jacinthes comprennent à la fois les élégantes « dandies » cultivées dans les meilleurs jardins et les sauvages « bluebells » des bois. Le conte met en scène aussi bien les mondains haricots d’Espagne, les pivoines, roses trémières, gardénias, violettes, que les vénérables daffodils des prés.
Ma version adopte un point de vue tout à fait différent et je m’en explique. Le muguet m’est connu pour avoir une très courte période de floraison, proche du 1er mai, faut-il le dire ? Ceci fixait donc la période, me suis-je dit. La célébration ayant lieu à Mané Pichot et non pas sur la rive d’un lac, fut-il du Dordu, j’ai privilégié les fleurs sauvages du pays pourleth qui pouvaient éclore au mois de mai. Délaissant les variétés chères aux pépiniéristes, j’ai retenu la bruyère, la marguerite, le bouton d’or, la fleur de tonnerre, la jacinthe sauvage, le coquelicot, la pensée, le moulin rose dont j’ignore le nom savant, l’orchis que je n’ai pas osé nommer « pentecôte » comme on disait dans ma campagne, la pensée, l’épilobe plutôt symbolique de la montagne, mais ne sommes-nous pas à la montagne ? et qui supporte hardiment la comparaison avec la rose trémière. Par chance, marguerite, renoncule, coquelicot et jacinthe ont des noms anglais si familiers qu’on les dirait sortis tout droit de chez Walt Disney, daisy, buttercup, poppy, bluebells. J’ai rajouté l’ancolie pour le jeu de mot et parce que je l’adore. J’aurais pu parler aussi de la tulipe sauvage, du lys de St Bruno, de la gentiane et même de la benoîte, mais là, c’était pousser le bouchon un peu haut. Mané Pichot est une montagne, c’est entendu, mais ne relève quand même pas de l’étage alpin.
J’espère que les artistes ne m’en voudront pas (trop), même celles qui pour une heure ont été rose, violette de Parme, libellule ou papillon.
Les illustrations ci-dessous, qui se rapportent au livre même de M Baring, montrent que le sujet est propice à toutes les interprétations. Les filles y ont peut-être puisé les idées de leurs déguisements…



19/06/2017



MAURICE DENIS :
" Kernascleden a l'égal d'une belle chose italienne "


Maurice Denis (1870-1943) fut un artiste peintre, décorateur, graveur, théoricien et historien de l'art français. Il est un des membres du mouvement artistique Nabi postimpressionniste (fin XIXème et début XXème) avec Paul Sérusier et Pierre Bonnard.
En fin observateur, il écrivit des impressions intimes sur diverses oeuvres d'art dans des revues, journaux ou catalogues.
Dans son livre Théories présenté, l'auteur sélectionna quelques oeuvres marquantes dont les fresques peintes en l'église de Kernascleden.
L'ayant visité à deux reprises "longuement, toujours avec un même plaisir " Maurice Denis dit y avoir passé des heures exquises. 
Lui-même réalisateur de peintures murales, transmet au lecteur ses impressions que nous vous invitons à découvrir. Il n'hésite pas la comparaison avec l'art italien des églises.
A vous d'en apprécier le contenu...
 (Cliquer sur la couverture ci-dessous)



KERNASCLEDEN

" Kernascléden à l'égal d'une belle chose italienne... "


" Dans les visages délicieusement blonds, encadrés d'une abondante chevelure, dessinés avec art, les yeux ont une importance toute française, comme chez Nattier, comme chez Renoir. La grâce des formes, la souplesse des draperies ne se peuvent décrire. Point de plis cassés, point de détails inutiles. "


 " Ah, si de telles peintures étaient à la voûte d'une église ombrienne ou toscane, elles seraient depuis longtemps célèbres ! ... "
" Elles seraient soignées, protégées contre les injures du temps, contre les restaurations maladroites... "



INVITATION à la CURIOSITÉ





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Maurice Denis était un peintre amoureux de la Bretagne

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