21/11/2013

 
 
 
 
LOUIS LE CUNFF
l'histoire d'un poilu de Langoëlan 
Louis le Cunff à gauche et son beau-frère Joseph Faliguerho
 
A l'heure des commémorations de la Grande Guerre, il nous a semblé important de vous compter, à notre manière, l'histoire d'un petit gars du pays pourleth  appelé comme tous ceux de son âge pour défendre son pays, on disait alors "la Patrie".
 
Notre jeune homme de Langoëlan, Louis le Cunff, né le 23 mars 1895 était alors menuisier et travaillait chez son beau-père Vincent Allanic. Son métier, il le connaissait bien, sous tous ses angles... c'est ce que l'on peut dire lorsqu'on fut " Compagnon du Tour de France ".
En Bretagne, alors, on était bien loin de de ces événements qui faisaient la une des journaux même si l'on était pas indifférent. On était surtout loin de penser que l'on serait mobilisé du jour au lendemain, devant quitter tous ses rêves et ses projets pour revêtir malgré soi l'habit militaire. L'Histoire , on l'avait apprise à l'école avec toutes ses batailles mais on n'imaginait pas que ce serait à notre tour d'y participer.
 
Né en 1895, Louis était de la classe 15. Il sera, par la force des choses,  mobilisé plus tôt que prévu, soit 11 mois d'avance en rapport à la date normale d'incorporation. Voir cette note : *  
Le jeune homme sera donc incorporé en 1915 au 2ème régiment d'infanterie de la Coloniale et arrivera au corps le 9 septembre en tant que 2ème classe.
 
Nous pouvons partager l'angoisse des familles et des proches au départ pour l'inconnu de leur rejeton. La presse n'amenait pas vraiment de bonnes nouvelles et en 1915, on était loin de l'euphorie présentée au début du conflit.
 
Baladé d'une compagnie à une autre de septembre à janvier, notre soldat sera enfin affecté au 43 R.I., un de ces régiments qui s'illustrera avec bravoure durant la guerre de 14/18. 
 

 _______________________________________________
 
Historique du 43ème Régiment d'infanterie coloniale
En savoir plus - cliquer sur le drapeau
http://tableaudhonneur.free.fr/43eRIC.pdf
 
 
 ___________________________________________
 
 
C'est alors une guerre interminable, éprouvante moralement et pour les organismes devant la dure réalité du feu.  Nos jeunes soldats mûrissent au rythme des événements.
Arrêtée après la bataille de la Marne (septembre 1914), la course à la mer allemande devient une guerre de position ; les deux camps établissent une ligne fortifiée de tranchées de la Mer du Nord à la frontière suisse. Le front change peu et connait d'effroyables batailles dures pour les hommes.
Louis le Cunff sera de ceux-là. Avec ses compagnons on le retrouve dans cet enfer sur les champs de bataille de Verdun à partir d'avril 1916, du Chemin des Dames à Craonne et à Vauclerc en 1917.
Notre soldat chargea 3 fois à la baïonnette.
Entre ces moments d'intenses bagarres, le régiment était, comme beaucoup d'autres, retranché au Camp de Mailly en Champagne, en retrait du front, pour préparer de futures attaques.
 
 
Ainsi va la vie pour nos poilus. Baladés d'un endroit à l'autre, en attente avec la frousse du lendemain, à l'attaque sur les fronts d'où bon nombre ne reviendront pas, ne sachant plus trop pourquoi certains se battent... un conflit interminable loin de leurs proches.
 
En 1918, le soldat le Cunff deviendra Clairon et en fin de conflit, 1919, son régiment partira au Maroc. Il ne rentrera chez les siens à Langoëlan qu'en septembre de la même année.
 
 
 
 O0O
 
 
 PHOTO
Louis le Cunff (le 2ème debout à partir de la gauche)
date et endroit non notifiés 


 
 O0O
 
 
 
LE LIVRET MILITAIRE DU POILU
 
 
La première page du livret militaire individuel est complété par le bureau de recrutement avant d'être envoyé, avec le livret matricule au corps du régiment où la nouvelle recrue est affecté. En plus de l'état civil du soldat figure sa description physique avec toutes ses particularités : taille, couleur des yeux et des cheveux, forme du visage, de la bouche... Il n'y avait pas de photo sur ce livret
 

Description et placement des effets pour toute revue de détails

 
 
État de service détaillé dans les différentes affectations de la vie militaire 
 


En fin de livret,  on récapitule les campagnes effectuées par notre poilu :
les campagnes d' "Allemagne"et du "Maroc (en guerre)"
 
Notre soldat reviendra chez les siens à Langoëlan le 18 septembre 1919...
et recevra au titre des frais de déplacement...
la somme de 10 francs.



Heureusement... un peu de considération...
"Agent de liaison remarquable de sang froid et d'entrain - a toujours rempli les missions qui lui étaient confiées à l'entière satisfaction de ses chefs - 35 mois de front."
 
Et, la moindre des choses... une médaille...
" la Croix de guerre (Étoile de bronze) "


Croix de guerre - Étoile de bronze


 
O0O

 
 PHOTO

Louis le Cunff est 2ème à partir de la droite
date et endroit non notifiés 


O0O

CORRESPONDANCES du SOLDAT
 

Pendant la guerre de 14-18, les combattants ont énormément écrit. Seul moyen de communiquer avec leur famille, l’écriture, malgré la censure, était aussi une façon - au milieu des formules convenues et répétitives - d’exprimer des sentiments et des convictions. C’est bien le cas dans ces cartes écrites par Louis le Cunff en octobre 1916 du camp de Mailly en Champagne et sur le front en 1917.
Les éditeurs de cartes postales allaient bon train en éditant des séries de photos à la gloire des poilus, ces vaillants soldats et à la grandeur de la France. Beaucoup de fleurs et des mots rassurants en agrémentaient le cadre.
 
 
 
1916


Écrites les 16 et 22 octobre du Camp de Mailly en Champagne, les cartes que Louis le Cunff adressent à ses proches se veulent rassurantes quant à son sort. Devinant l'inquiétude des siens, il s'imaginait à juste raison que ses courriers devaient être attendus avec grande impatience . Sur chacune est inscrit :
" Pas de bile " 
 
A Mailly, on s'entraîne pour les combats à venir pour mettre le poilu en condition.
En réponse à une lettre d'une amie, notre soldat n'est pas dépourvu d'humour en évoquant son beau-frère Job Faliguerho lui aussi de Langoëlan... mais le ton change lorsqu'il s'agit du dur traitement lors des manœuvres qu'on inflige aux soldats...
 


Dans ce courrier écrit quelques jours plus tard, le 22 octobre,  le ton se durcit quelque peu :
"ils nous en veulent"
Notre poilu pressant que le départ pour le front est imminent sans en connaître la destination précise. Sa grande inquiétude est l'hiver très proche en subissant déjà les prémices... Il termine :
"En attendant, je ne m'en fais pas
pourtant il y a de quoi à s'en faire, d'être mené comme on est."
 
 

1917


Notre petit gars de Langoëlan est sur le front aux Chemins des Dames.
 


Nous vous laissons lire ce courrier du 16 novembre 1917 .
Le soldat en a vraiment marre :
" Je ne cherche plus à y comprendre dans cette armée, J'en suis tellement dégoûté... "
ou encore :
Nous avons toujours un très mauvais temps et de la boue jusqu'au genoux sinon d'avantage







O0O

L. LE CUNFF était CLAIRON


Le Clairon était souvent choisi, ainsi que les autres instrumentistes, parmi ceux qui appartenaient dans le civil aux harmonies courantes à l'époque.
Clairons et tambours sont des organes de transmission. Ils ne sont pas membres de la musique, sauf en cas de besoin pour cérémonies par exemple. Être clairon était un honneur mais ce n'était pas une mince affaire.
Tous les échelons de commandement ont un clairon à proximité afin d'assurer la transmissions des ordres et commandements.
Au quartier ou à la caserne, au poste de garde, le clairon de permanence rythme le cours de la journée : le réveil, les couleurs, la soupe, appel des punis, le courrier, le rapport, l’extinction des feux.
Ainsi, chaque homme reconnaissait les sonneries...Il faut noter que sonner du clairon en plus de la poussière des routes donnait une sacré soif.  Chaque moment de la journée, et du travail comportait une sonnerie. Au champ de tir les sonneries sont gage de sécurité. Au combat, tous les ordres peuvent être donnés au clairon : charge, retraite, etc.
 
Le clairon de Louis le Cunff



O0O

 
Un grand merci pour le prêt de ces documents à son petit-fils


 

4 commentaires:

  1. Témoignage intéressant, son vécu a été surement plus terrible que ce qu'il laisse entendre.

    RépondreSupprimer
  2. un bien beau témoignage. on en redemande

    RépondreSupprimer
  3. Un bel hommage à nos poilus, à tous ce gars partis vers l'inconnu . On en redemande et bravo pour votre site.

    RépondreSupprimer
  4. Merci, vous avez l'art de conter une histoire et de nous faire vivre l'histoire de ces pauvres bougres. C'est évidemment ce qu'il faut faire pour faire comprendre à tous l'esprit de cette époque . Merci du fond du cœur pour ce beau travail.

    RépondreSupprimer