15/12/2012





LES NOURRICES BRETONNES
début XXème siècle


Partant d'un témoignage recueilli auprès d'une guémenoise contant avec sensibilité le vécu douloureux de sa mère, il nous semble indispensable de rendre hommage à ces femmes bretonnes parties dans les années 1900 comme nourrices à Paris pour subvenir pécuniairement aux besoins de leurs familles.

C'est ce qui se passa en Pays Pourleth

Il leur fallut du courage, du sacrifice et de l'abnégation pour quitter les leurs et se mettre totalement au service des enfants d'autrui selon des normes dictées.  Elles permirent ainsi à leurs proches d'éviter la misère, même si le départ et la séparation engendrèrent drames et chagrins plus ou moins bien vécus. 



VOICI LEUR HISTOIRE :
Depuis fort longtemps et pour diverses raisons, des bébés furent allaités par des femmes autres que leur propre mère, mais cette pratique reste confinée à une part restreinte de la population jusqu'au XVIIIème siècle. L’augmentation démographique et l’évolution des mœurs favoriseront le développement de cette industrie nourricière qui prend alors deux formes : 
D'une part les nourrices "au loin" accueillant les enfants  à la maison et d'autre part les "nourrices sur lieu" quittant le pays temporairement pour allaiter les enfants de familles aisées, le plus souvent à Paris.

 


Les nourrices bretonnes ne furent pas les premières venues ni les plus nombreuses sur le marché parisien à la fin du XIXème siècle (le Morvan et la Bourgogne étant les premiers grands pourvoyeurs de "nounous", appréciées -dit-on-  par la qualité et l'abondance de leur lait). Plus tardivement  la Bretagne fut intégrée  dans le circuit  de l'industrie nourricière et c'est vraiment à partir de 1900 que ces nourrices venues des Côtes d'Armor et du Morbihan feront concurrence aux bourguinonnes, la misère les poussant le plus souvent à venir chercher un emploi dans la capitale.



Dans les années 1850, la presse se fit l'écho de nombreux accidents touchant les petits Parisiens confiés en bas âge à des familles paysannes résidant en provinces. Beaucoup de  bébés décédaient avant un an et les cimetières se remplissaient de petites tombes à croix blanche. Pour exemple, les médecins de campagne peinaient à convaincre les nourrices locales de ne pas plonger un nourrisson brûlant de fièvre dans un ruisseau glacé "pour le refroidir".
C'est ainsi que les pouvoirs publics réglementèrent la profession.

Arrive ainsi la loi Roussel de 1874 ...à l'initiative du Docteur Roussel, alors député de la Lozère,  qui ne sera hélas réellement appliquée que une dizaine d'années plus tard. Le maire se substitue désormais au curé pour délivrer l'autorisation d'exercer aux nourrices. Progressivement, une surveillance médicale s'instaure.  


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LA LOI ROUSSEL


La loi Roussel est votée le 23 décembre 1874. Elle témoigne de l'importance accordée par l'Etat à la protection des enfants en bas âge. Le maire de la commune y joue un rôle très important  puisque c'est lui qui fournit un certificat à toute femme souhaitant officer comme nourrice, attestant en particulier que son dernier enfant est âgé de sept mois révolus, puisqu'il doit être sevré afin que sa mère puisse alimenter un autre nourrisson. Il doit aussi recueillir l'autorisation du mari de la future nourrice, et qu'un médecin doit attester de la bonne santé de sa candidate. Celle-ci reçoit alors un "carnet de nourrice, sevreuse ou gardeuse". qu'elle présente chaque fois que nécessaire au maire, au médecin inspecteur ou à l'inspecteur départemental.


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LES BUREAUX DE PLACEMENT

A partir de 1850, on restructure les bureaux de placement qui fournissent nourrices sur lieu et nourrices à emporter. Les femmes y trouvent ainsi une place dans le cadre réglementé de la loi Roussel.
Ces bureaux fleurissent à Paris dont celui-ci (un des plus important) de la rue du Cherche-Midi pour le placement de "nourrices sur lieu".
  


Il existe aussi de nombreux bureaux de placement en Bretagne
dont un à Guémené-sur-Scorff. 


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Une fois leur tâche accomplie (ou leur nourriture achevée) les nourrices s'en retournaient dans leur pays. Ces femmes, qui venaient de régions pauvres  connurent ainsi des horizons nouveaux et des cadres de vie contrastant fortement avec ceux de leurs villages.


En ce qui concerne le témoignage évoqué au début de notre article, la personne de Guémené évoquée garda un bon souvenir de son vécu de par une relation amicale et affectueuse avec une famille aisée parisienne qui l'accueillit. Elle lui en sera reconnaissante, lui ayant appris à lire, écrire et compter. Un échange épistolaire perpétua cette "amitié".
A son retour à Guémené, elle se chargea du bureau de placement local. 


A partir de 1930, l’accueil en nourrice diminue. Les biberons stérilisables apparaissent et l’allaitement artificiel est fortement encouragé grâce aux découvertes de  Louis Pasteur.
Progressivement, les parents se mettent à garder leurs enfants chez eux.  La médecine va encourager les mères à élever elles-mêmes leurs enfants.
La Protection Maternelle et Infantile apparaît en 1945. Une de ses missions est d’organiser la surveillance des placements nourriciers. La fonction évolue vers une fonction de garde et de soins et l’une de ses préoccupations de l’époque est la baisse du taux de mortalité.
  
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Voici un document très intéressant
sur ce phénomène des nourrices
et sur leurs conditions
CLIQUEZ SUR LA PHOTO CI-DESSOUS


 Les nourrices en Bretagne vers 1900
par
CATHERINE ROUSSEL 



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la Bécassine de Pinchon


et
quelques photos de ces braves et courageuses "nounous"...












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Il existe un pardon des nourrices
à Kergonet en Gestel près de Quimperlé
(célébration le 1er mai)





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