01/04/2012




FLÂNERIES D'UN PROMENEUR SOLITAIRE (3)
ou
Guémené de la Belle Epoque et son centre ville disparu


Notre curieux visiteur ouvre les dernières pages de son album de cartes postales et d'images consacrées aux années d'avant-guerre. Elles nous montrent le changement irrémédiable de la physionomie de notre cité . Regardez bien les photos... certaines sont rares, inédites, et ne peuvent manquer de nous laisser aller à une certaine nostalgie... visuelle. 
Ainsi ce termine ce chapitre avant que des évènements politiques malheureux bouleversent la vie du pays, de Guémené et de ses hommes.
Nous tenons à remercier notre voyageur, espérant le revoir et le relire dans d'autres témoignages ; nous l'avons apprécié pour ses talents de conteurs venant étayer ses magnifiques documents.

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On entre désormais dans une phase de grand mouvement. Encore une fois, les cartes vont nous aider à établir de manière à peu près claire un ordre chronologique des événements.

En premier lieu, un éditeur inconnu révèle une étape importante, la transformation des maisons situées entre le café Bisson et la rue de la Carrière. Même si la qualité n’est pas au rendez-vous, cette paire d’images colorisées rend compte de l’état d’avancement du chantier.



L’échafaudage et surtout l’échelle bien repérable prouvent que les deux clichés ont été pris dans la foulée, les figurants ont juste eu le temps de se déplacer. Mis à part ces travaux, rien de bien nouveau dans le centre ville somnolent sauf que


l’horlogerie Mahé a laissé la place à l’enseigne « AU MEILLEUR MARCHE ». Ce petit jeu des chaises musicales trouvera sa consécration à l’issue de l’opération, l’enseigne prendra place dans l’une des maisons actuellement en réfection (voir plus loin).
Quelque temps après, les éditeurs MS et Lemire. D’abord la vue plongeante. Très proche de Waron et Villard pour le haut de la place mais la zone des transformations récentes reste confuse.


Par contre, la perspective inverse, jour de marché, éclaire la situation et montre qu’on a franchi une nouvelle étape.

On a achevé les travaux signalés plus haut, place Bisson… et « rectifié » la plus grande des maisons typiques du bas de la Grande Rue.


Et ce n’est pas tout ! La destruction de l’îlot du haut de la place est engagée comme le montre cet agrandissement.


La maison du maréchal ferrant s’effondre, sa façade éventrée. Brave fille, on croirait voir la colonne Bisson lui offrir un ultime soutien.
Arrêtons-nous un moment tout en bas de la grande rue.  A gauche, une petite plaque est posée sur la sévère grande maison qui suit la boucherie Curet. Ne serait-elle pas « à vendre » ?

A droite, le marchand de cycles affirme sa bonne santé. Vive le sport ! Sa collection s’est enrichie de nouveaux modèles. Notez bien les nouvelles enseignes : Brillant (?), Alcyon, Stock Peugeot Le Lion.

Tout ceci date probablement de 1912. En effet, en 1913, le Syndicat d’Initiative du Morbihan illustre son guide touristique annuel avec l’image reproduite ci-dessous. Elle est presque copie conforme de celle éditée par Lemire, y compris la plaque sur la maison voisine de la boucherie Curet ; on a juste manqué le marché.


Peu de temps après, un voyageur nostalgique revient visiter la cité. Désabusé, on dirait que son objectif évite de nous montrer les dégâts. Waron, puisque c’est de lui qu’il s’agit, s’attarde dans la partie basse en soignant bien ses cadrages.

Il s’intéresse à l’animation qui règne entre l’Hôtel des Voyageurs gentiment toiletté et la grille du château grande ouverte. Voyez la boucherie Curet qui a définitivement relayé l’auberge ; au-dessus de la porte la plus proche est accrochée une nouvelle pancarte qu’on lit sur l’image 8431 à suivre.


Au débouché de la rue de la Laine, on remarque la toute nouvelle Epicerie Centrale et la pharmacie. Un petit retour en arrière (image Le Cunf – Lodi présentée dans le 1er épisode) permet d’enregistrer la modification affectant les degrés d’accès au magasin.

Et sur la gauche, tout en haut de la maison du marchand de cycles noyée dans l’ombre, avez-vous éventé cet étrange animal qui surveille les allées et venues des personnages ? Qui c’est lui ? Chien perdu ? Chat de gouttière ? Mais non voyons, c’est le Lion de Peugeot ! A vos loupes et vous le capturerez également sur les clichés Lemire et même SI du Morbihan. Le voici agrandi pour faire peur aux enfants.

Bah ! Quand le vin est tiré, il faut le boire… jusqu’à la lie ! Waron se résout à diriger son objectif vers le haut de la place et feint de s’intéresser à la faible animation qui se manifeste sous le grand soleil. Regardez bien ! On distingue tout au fond, dans la partie la plus sombre, le dernier lambeau de mur protégeant le café du Nord, provisoirement rescapé devant la vieille mairie.


Maintenant, nous allons suivre les promeneurs ; vous aurez noté que la rue appartient aux touristes habillés à la mode de la ville. Première découverte, la récente installation du magasin « au meilleur marché »


Un peu plus haut, autre découverte. Le photographe a cadré serré et donne une vue partielle de la rénovation de la maison au porche. En rapprochant de la carte 8406 du même Waron (précédente visite), on se rend mieux compte de la réalité. L’étage a subi une rectification en bonne et due forme.


Les observateurs attentifs auront aussi remarqué sur les clichés précédents (8430 et surtout 8432) que la petite maison typique proche des halles a changé d’aspect, ravalement heureux cette fois.  On le voit mieux sur le cliché suivant, perspective inverse d’un éditeur inconnu.


En agrandissant, on constate qu’elle propose sabots et socques. Sa grande voisine « rectifiée » serait une quincaillerie, si je ne m’abuse. La maison basse qui suit est un magasin de chaussures. Après le carrefour, on distingue plutôt bien l’ensemble des maisons « au meilleur marché ».


Changeons de côté de la rue, histoire de ne rien manquer.


Voici la boucherie Curet ; puis la haute maison sévère et figée, vendue, pas vendue ?  L’hôtel des Voyageurs et sa voisine ; notez l’élégance des corniches et des gouttières. Deux barriques oubliées, certainement vides ! Un peu plus haut, un calumet de la paix vous invite à fumer tranquillement en attendant l’ouverture prochaine du « café du Centre ». Attention aux pavés !
Focalisons-nous maintenant sur le haut de la place et les démolitions.


Il reste encore au moins une épaisseur de maison avant d’atteindre la vieille mairie. Deux hommes prennent la pose sur fond de muraille délabrée ; un pauvre cheval pensif tient sagement compagnie à la colonne Bisson perdue dans ce décor de ruines.

Mais, à Guémené plus qu’ailleurs, tout finit par des chansons et des danses. Sortons les parapluies et dépêchons-nous de marier les jeunes gens avant l’orage qui menace.

Revue de détails avant la mobilisation générale.


La maison du maréchal-ferrant n’est plus qu’un gros tas de pierres amoncelé devant le dernier mur qui livre son dernier refuge pour les chouettes, une immense cheminée.
On reconnaît sur le côté droit, la grande maison occupée par le médecin. Puis l’entrée de l’entrepôt Brard-Cocary. Le triste pignon du « Cheval Blanc » ; enfin la maison Tallec et sa voisine (sur l’image précédente), Job Février, tailleur de bonne renommée.
Profitons du moment, dansons la gavotte sous les halles au son du biniou et de la bombarde. Dépêchons-nous avant que sonne le tocsin !

C’est la fin du 3ème épisode, centre ville de Guémené entre 1900 et 1914.

Un conseil toutefois ! Avant de quitter Guémené, ne manquez surtout pas de vous hisser sur la montagne Ste Christine. Le paysage qui vous attend vous confondra. Les éditeurs ne s’y sont pas trompés qui ont fait le pèlerinage avant nous ; ils en ont rapporté ces images que je livre à votre attention. Dans cette série de panoramas saurez-vous reconnaître « de dos » certaines des maisons évoquées ?

Marchal éditeur, Lodi photographe avisé.

Waron, l’inusable amateur de pittoresque.

Villard, le maître.


Comme vous pouvez le lire ci-dessus, ma correspondante y va de son gentil commentaire. Elle révèle aussi le pot aux roses, tous les gribouillages qui accompagnent mes cartes, vous l’avez compris, sont l’œuvre de Vounette. A son invitation, peut-être ferai-je de nouvelles petites promenades dans les années qui suivront la Grande Guerre.

C’est de quel côté la gare ?


4 commentaires:

  1. Bonjour
    A voir et à revoir en attendant la suite, passionnant!
    vive Guémené
    JR

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  2. Compliment pour la qualité du reportage qui nous permet de revivre ce Guémené d'avant. Vous avez su faire partager votre observation et vous en suis reconnaissant. On en redemande.

    un fan de ce blog

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  3. félicitations pour notre village

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  4. SUPER votre blog !
    moi qui ai lancé le Syndicat d'initiative suite à ma passion pour Guémené , je suis fière de vous !!!!

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